Un des premiers films de Pietrangeli qui décollera surtout avec l'excellent Adua et ses compagnes, Nata di Marzo reprend l'un des thèmes favoris du cinéaste, et dont comme souvent il fait le protagoniste de son film: la femme.
Rappelant par sa vacuité, l'ennui qui la poursuit et son matérialisme inassouvissable l’héroïne de Je la connaissais bien, le personnage de Francesca (J. Sassard) partage outre ces tares, le premier rôle du film. Et des rôles, elle en cumule, Francesca, en bonne femme des années 50/60 enfermée dans les carcans d'une époque: femme au foyer, décoratrice d'intérieur, cuisinière, pro du shopping et surtout femme devant être belle et se taire. Or, de ces rôles, elle n'est pas sure d'en vouloir. Enfin, sauf de ceux qui lui conviennent.
Et là réside l'un des défauts du film, qui n'ose pas encore prendre parti, définir clairement quels sont les critiques à adresser, et à qui surtout. Car si Pietrangeli nous montre une femme refusant en partie son statut de simple femme vivant à l'ombre de son mari (puisqu'elle ne travaille pas, n'étudie plus, reste docilement à la maison pour y attendre son mari, …), il fait d'elle en même temps une véritable tragédienne neurasthénique névrosée hystérique vaine et insupportable femme en pleine crise ontologique. Bref, le genre qu'on supporte deux minutes - et encore. Mais Sandro, son mari, lui, fait preuve d'une tolérance et d'une compréhension étonnantes, ne cessant de pardonner et justifier sa bonne femme, cédant même à ses moindres caprices pour lui plaire – ou plutôt, pour ne pas lui déplaire.
Et finalement, on se retrouve avec une histoire à deux pôles opposés, l'un sain et ouvert, l'autre complètement malade et égoïste, le tout sans nuances, porté à l'extrême dans la caractérisation, où Francesca apparaît vite comme le pôle négatif et destructeur et l'autre le positif. On se rend alors compte que Pietrangeli maîtrisait encore très mal l'écriture des personnages, de même que l’écriture proprement narrative (le récit étant encore maladroitement conduit), l'art de la réplique (bien trop lourd ici), la grammaire de son film (les transitions sont souvent très bâclées), l'insertion de la musique (pâlement copiée sur les mauvaises comédies romantiques américaines de l'époque), les costumes et la direction d'acteurs. Sans parler de la fin, totalement paradoxale, exigée par Ponti, le producteur.
Mais ne jugez pas trop hâtivement ce cinéaste, regardez les films cités ci-dessus, ou encore Annonces Matrimoniales ou le cocu magnifique, de vrais petits bijoux.