Punch drunk Love

Avis sur Les Poings contre les murs

Avatar Bea Dls
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Ben ouais, notre héros abruti de violence s'appelle Love, ce qui ne doit pas être un hasard...

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt nos brebis...galeuses. Le film, bizarrement appelé les poings contre les murs en français, est un énième du genre film de prison. Même si on a vu des oeuvres remarquables récemment dans ce méta-genre cinématographique, ou peut être parce que ces références ont déjà tout montré, récemment un prophète, ou R, ou Dog pond, que pourrait-on attendre de plus et/ou de neuf d'un tel film?

L'histoire est centrée sur Eric Love, un "Starred up" (titre original du film), c'est à dire surclassé pour raisons de grande violence, au point d'être incarcéré dans une prison d'adultes alors qu'il n'est qu'un "young offender" (prisonniers de 18 à 21 ans au Royaume-Uni).
La meilleure défense dit-on c'est l'attaque, alors dès son arrivée en prison , Eric montre que c'est un malin, en bricolant une arme de toutes pièces et en trouvant une cachette futée pour son joujou. Il montre que c'est lui qui fixe les lois en créant d'emblée une émeute, et en se retrouvant avec les "genitals" d'un officier dans la bouche, la rage dans le ventre , sans volonté d'en démordre si on ose dire, et au contraire une folle envie d'en découdre...

Là où réside la plus value du film donc, c'est , en plus de respecter les codes du genre, le boss mafieux, les activités de gang, le passage de drogues d'un bloc à l'autre, les matons pourraves, etc, nous avons la situation inédite d'un père et d'un fils qui sont emprisonnés dans la même prison. Neville Love, parfaitement, idéalement joué par l'immense Ben Mendelsohn, est ce Papa, violent, en taule depuis toujours et pour toujours, à peine un exemple pour son fils Eric. Il se passe tout plein de choses intéressantes dans le film, grâce à cette situation : le père qui joue au père, mais très mal, le fils qui joue au rebelle, puis au fur et à mesure d'une thérapie de groupe qu'il suit en prison, se libère de son passé, et de son père dans une scène anthologie et sans concession de violente bagarre entre eux "ça fait 19 ans que j'attends ce moment" dit-il... Mais aussi l'amour irraisonné entre ces deux êtres qui sans doute se cherchent depuis toujours.
Cette relation donne sa dimension très intimiste à ce film hyper testostéroné. ça , et ces séances de thérapie donc, une tentative de canaliser la violence au lieu de l'écarter en cellules d'isolement et autres mitards. Il est émouvant de voir poindre un peu de prise de conscience, un peu de maîtrise de soi, et même un soupçon d'amitié entre les membres de ce groupe. On verra des scènes où ses camarades vont en quelque sorte veiller sur lui dans un monde carcérale de pure et violente folie...

C'est un film sec, sans fioritures, et du coup, n'est pas destiné aux âmes sensibles, mais un film intense, animal, qui raconte une tentative de rédemption du père, du thérapeute Oliver Baumer dont le passé n'est pas si clean , du fils, de tous. Le scénario est écrit par Jonhattan Asser, dont Baumer est l'alter ego, car Asser lui même a été thérapeute en prison, et le réalisme cru du film est basé sur ses propres expériences.

Je recommande définitivement.

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