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Les Voitures qui ont mangé Paris par Hugo_Girard

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Paris, c’est la ville lumière, la majestueuse capitale française, dans un nombre incalculable de films. Mais c’est aussi, plus original, un paysage vide des profondeurs de l’Amérique, dans le Paris, Texas de Wim Wenders. Et enfin, bien que l’idée du film soit apparemment venu à Peter Weir lors d’un séjour en France, Paris est également un petit village paumé et pittoresque de l’outback Australien, dans The Cars that ate Paris, sorti en 1974.
Arthur arrive, de nuit, dans ce Paris modèle réduit avec son frère, George pour finalement y rester bloqué après que leur voiture ai chuté dans un ravin, coutant la vie à ce dernier. L’accident est réalisé très simplement, avec un effet de montage déjà vu, qui a beaucoup vieilli, et dont le rythme est bancal, avant de se terminer sur une chute presque ridicule tant elle semble inoffensive : Le premier film de Weir est une série B fantastique, un petit budget. Très vite cependant, ce sont des réminiscences Kafkaïennes qui viennent à l’esprit. Arthur, ce protagoniste mineur et sans volonté, celui vers qui l’empathie du spectateur est dirigée, rappelle le K. du Château, isolé par la force des choses, dans un village énigmatique et à la population tout aussi déconcertante. Ce sont des gens certes ruraux, mais à priori tout à fait « normaux ». Mais quelque chose d’indécelable leur confère ce caractère ambivalent et inquiétant. C’est cette ambiance de territoire reculé, de l’outback, qui fait immanquablement penser à l’Amérique profonde et ses rednecks, maintes fois représentés à l’écran, mais qui se détache singulièrement de ceux-ci, comme dans le Wake in Fright de Ted Kotcheff : La campagne et ses habitants, en Australie, semble toujours donner vie à des récits complexes, ambigus, survolés d’un mysticisme de pacotille, et surtout à la menace diffuse mais omniprésente. Arthur est plongé dans ce microcosme étrange, ou les familles ne sont qu’un assemblage des rescapés des divers accidents qui semblent avoir été provoqués par les habitants, pour créer une société composite malade. Une inquiétante étrangeté se dessine sous la familiarité étouffante de ces parisiens, incarnés par des acteurs efficaces, qui distillent l’anormalité, le bizarre, qui se fait très discret, pour parfois fois se révéler plus clairement. Jamais cependant, le film n’atteint un paroxysme de glauque, comme c’est le cas par exemple avec les consanguins du Delivrance de John Boorman. Ici c’est dans une explosion de violence que se conclut le séjour d’Arthur.
Car avant tout, c’est de la violence que parle The Cars that Ate Paris : La violence qui régit les rapports humains, qui se manifeste à travers l’automobile, le film devenant rapidement une espèce de curieux manifeste contre la voiture, à l’image des premières images du films, inspirées d’une pub australienne de l’époque : Gros plan sur la calandre de la Datsun décapotable ; gros plan sur le paquet Marlboro ; gros plan sur la canette de coca ; couple heureux ; dents blanches ; chien ; argent. Puis l’accident, dans cette décapotable Datsun donc, l’instrument de leur mort précoce. L’automobile est érigée en culte dans cette petite ville, où l’on aperçoit des autels de fortune à la gloire de ces engins, comme on a pu les voir tout récemment dans Mad Max Fury Road, du compatriote australien Miller, on y voit des collections de bouchons de radiateurs Jaguar, ou encore un enfant et une grand-mère, les deux générations affairées sur des jantes. On tue pour ces voitures, et ces voitures tuent, massacrent, mangent. La jeunesse de Paris est plus tarée encore que la génération précédente. Ce sont des cow-boys modernes (on entend lors de leur apparition une très claire référence parodique à la fameuse B.O d’Ennio Morricone pour Once Upon A time in the West) vêtus de caches poussières décorés de chromes, au volant d’épaves roulantes, couvertes de piques et de peintures de guerre menaçantes. Ils constituent le plus grand danger, pour Arthur comme pour la population déliquescente de Paris, complétant le tableau de ce village que les voitures s’apprêtent à dévorer.

SPOIL : C’est finalement le meurtre, par l’automobile, qui va se révéler salvateur et guérir Arthur, que le maire du village, ainsi que le médecin, et d’autres, avaient persuadé qu’il était malade, puisque incapable de reprendre le volant, après deux tragédies routières qui l’ont marquées. Il restait ainsi soumis à ces « parisiens » qui pour une raison toujours obscure, voulaient le garder avec eux. L’homme a qui ont s’identifiait jusque là bascule alors lui aussi, dans une phrase : « I can drive », semblable au « Mein Fürher, I can walk » du Docteur Folamour. La morale de cet homme est morte avec son séjour à Paris.

Comme chez Kafka, si nous revenons à notre point de départ, Les voitures qui ont mangé Paris dans son titre français, intrigue sans répondre. Loin de se limiter à une série B uniquement bien construite et entrainante, Weir démontrait ici, dans son premier long métrage, une grande force d’envoutement, qu’il puise dans l’ambiguité de ses récits jusqu’à ces personnages, à l’image de cet Arthur, que l’on fini par ne plus comprendre, au milieu de ces gens eux aussi insondables, dans leur intentions comme dans leur moralité. C’est plus tard cependant que toute la puissance fantastique du réalisateur se révèle, dans Picnic at Hanging Rock, un film plus doux, qui distillait un mystère absolu et énigmatique, dramatique et onirique.

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