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Que pourrait-on imaginer de plus délicat que quelques mots, toujours les mêmes, qui d’un matin à l’autre ont changé de couleur, puisque nos yeux se sont ouverts sur eux ?

Liz & l’oiseau bleu est l’histoire du voyage de ces simples mots, «Nozomi ? Arigatō.», dans un pot d’aquarelles. À partir du double sens magique d’un conte allemand, Naoko Yamada parvient à dessiner avec sensibilité l’éclosion d’un cœur qui s’ouvre. Tout repose sur la double nature de deux figures : d’une part Elizabeth, l’orpheline pure et solitaire ; d’autre part l’oiseau bleu qui pétille de liberté, mais dont la beauté éclatante le singularise fatalement. On ne le comprend que tard, mais Liz et l’oiseau sont une seule figure, éclairée par deux fois, sous deux regards différents.
Si le conte est avant tout un support pour l’expression des sentiments de la timide Mizore, il n’en est pas moins une clé de narration audacieuse. La ligne simple et épurée qu’il fournit à sa première lecture révèle doucement sa richesse à mesure qu’il trouve des échos dans les jeux de regards qu’échangent Mizore et Nozomi, ou dans le montage musical qu’en fait leur orchestre. Alors que les mots échangés sont rares, le bouquet féérique se colore de lui-même ; les indices qui permettent de comprendre sa mystérieuse amplification ne sont pas fait de phrases, mais de résonnances de tout un environnement attentif.

Dans les sons que vous entendez peut-être depuis quelques instants, qui sont en tout et pour tout les cinq minutes suivant l’ouverture de Liz, entendez comme ce talon bat dru le sol, tout légèrement pourtant : c’est Mizore qui presse le pas pour se mettre à la suite de la fière Nozomi. La dissonance est évidente entre la hautboïste craintive mais avide de contacts, et la flûtiste aiguë, heureuse simplement de la fraîche matinée. La dernière est à peine consciente du trouble qu’elle jette dans la première en ne captant pas ses regards suppliants d’affection.
Ces deux filles sont deux nombres premiers. Attachées à des horizons différents, quels que soient leurs chants, jamais leurs deux mélodies ne sauront se conjuguer. Lorsqu’elles composent à deux, elles refont L’art de la fugue de Bach, un chassé-croisé constant de sections essentiellement dissemblables. Seul un changement de regard, opéré en profondeur, saurait couper les fils du drame. Et le glissement a lieu, quand Mizore, jusque-là hantée par le conte allemand, parvient enfin à le relire froidement, et comprend la fluidité des figures de Liz et de l’oiseau.

Naoko Yamada – grandement soutenue par la délicatesse du compositeur Kensuke Ushio – réussit mieux que jamais à saisir l’éphémère et l’imperceptible des mouvements du corps qui trahissent les émotions ensevelies, la vie intérieure en pleine apothéose. C’est une focale impressionnante que ne permet que le dessin. Les silhouettes s’allongent, frêles et pourtant tellement incarnées, gracieuses sans être précieuses, parce que profondément chargées d’émotions. Parfois même, les décors s’effacent, et une épure s’esquisse, qui pousse à l’expérimental.

Aussi surprenant que cela puisse aujourd’hui paraître, à la fin du visionnage, une morale assez claire s’est dessinée sans être pourtant proclamée.
Elle est celle, évidente et pourtant si difficile à envisager entièrement, de l’ouverture du regard, de l’attention portée à soi comme aux autres.

Verv20
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