Mauvais sang

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Mauvais sang est beau, douloureusement amoureux. Il règne une mélancolie contemplative à fleur de peau, qui brule notre chair, qui fait chuchoter un sentiment double entre pessimisme et espoir. Face à quoi ? Face à une maladie qui tue les hommes et femmes qui font l’amour sans amour, qui jouissent de la vie sans vergogne, pour le simple plaisir de ressentir. Avec sa parabole du Sida, Leos Carax parle de la peur d’aimer, de ne plus aimer, de cette jeunesse qui voit ses envies bousculer par la peur, qui se quitte sans se quitter, en apprenant les désordres sentimentaux dans cette perte d’innocence vagabonde, qui essaye de s’échapper sans se défiler devant ses perspectives d’avenir. La peur de ne plus exister, de ne plus flairer cette agréable sensation charnelle, de ne plus apercevoir des lunes jaunes de jouissance dans le regard de son partenaire.

La liberté des corps est meurtrière, les mots prennent un sens maladif dans un film noir aux couleurs phosphorescentes. Il y a ce couple, composé de Julie Delpy (Lise, somptueuse) et Denis Lavant (Alex, jeune à la gueule cassé, ventriloque), aux sourires tristes, nus dans une forêt vierge, cheveux aux vents sur une mobylette. C’est beau tout simplement. On les suit, on aime ça, mais ça va vite se terminer par les circonstances de la vie. Plus tard, Lise jouera l’ange gardien sur cette même mobylette. Alex apprend la mort de son père. Il rejoindra une bande de truands pour faire un casse dans le but de sauver la population. Il fera alors la connaissance de la belle Anna (fluette Juliette Binoche). Alex sera subjugué par cette femme mutique, amoureuse du chef de bandes, Marc, joué par un sombre et lancinant Michel Piccoli.

Avec son esthétisme vigoureux, presque épileptique et ses dialogues hauts perchés, Leos Carax est brillant, signe un film bouleversant de naturel. Visuellement c’est miraculeux, hystérique et clippesque, à chaque seconde, à chaque instant, Mauvais sang est un film sur la brèche, en accéléré ou au ralenti, épileptique et contemplatif, qui ne sait pas toujours quelle direction prendre, insuffle une liberté de langage qui ose et qui ne se cache pas. Le montage est foudroyant, collant par ci par là des images à la tonalité différentes, comme si on voyait devant nous défiler une bande dessinée captive et vivante, faisant grésiller les images (séquences de courses sublimes entre Alex et Lise), à la direction artistique fait de bric-à-brac jamais toc.

Graphiquement, Mauvais Sang fait rencontrer l’artisanat de Godard avec le fétichisme d’un Wong Kar Wai. Difficile de parler de Mauvais sang tant l’œuvre est foutraque, insaisissable change de couleur, de ton, de paroles où le réalisme des sentiments rencontrent le surréalisme des situations et la grandiloquence des intentions. Le dispositif graphique n’est jamais lourd ni imposant mais est au service de son récit, fait vivre, voler une histoire attendrissante où les personnages sont tous contaminés par un spleen, nous place face à la vie, à la mort. Mauvais sang est un film poétique et désarticulé (comme son acteur principal) qui coure sans respirer vers un romantisme pur.

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