Kheiron, dernier véritable auteur français à suivre ?

Avis sur Mauvaises herbes

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Il y a trois ans, Kheiron avait balayé l'ensemble des comédies françaises de 2015 avec Nous Trois Ou Rien. Celui dont on connaissait principalement les apparitions salaces dans Bref. offrait alors à un public loin d'être préparé une oeuvre forte, entre récit de vie poignant et comédie légère très efficace. Une véritable réflexion qui nous apportait un rire sincère ainsi que des questionnements profonds. Avec un traitement de la situation iranienne ayant entraîné l'exil européen proche de celui de Marjane Satrapi pour Persepolis, difficile de résister à un film qui prouve que lorsqu'elle n'est pas accompagnée de bons sentiments superficiels mais bien de force de convictions, une comédie touche, marque, et perdure.

Alors forcément, quand il est annoncé que le gus a terminé son second film, les esprits s'agitent. La France nous a affublé de comédies entre le médiocre et le potable tout au long du calendaire, et la prise de conscience qu'il va peut être y avoir une petite claque à la base de la nuque avant qu'on enterre les douze mois écoulés dans l'oubli est une raison de se réjouir. Et on aura eu bien raison de miser nos espoirs sur Kheiron.

On ne va donc pas y aller par trente-six mille chemins : Mauvaises Herbes, c'est de la balle. Une comédie familiale qui a compris le sens du mot familial, soigne son double discours et surtout est dotée d'un narration et d'une écriture parfaite. Kheiron travaille la forme, avec des dialogues aux couteaux, qui font constamment mouche, servent le récit (une blague que l'on ne trouve pas drôle et de mauvais goût? Plus tard, on se rend compte qu'elle n'était pas destinée à l'être mais bien à apporter le malaise ; chaque détail a son importance, rien n'est gratuit) et sont dosés avec malice. Alors on rit, chaque éclat nous apportant ensuite vers les conséquences de ce rire.

Et c'est sur ce double discours que Kheiron travaille son fond. Que ce soit à l'aide de flashbacks forgeant peu à peu nos affinités avec son personnage (construits à l'exactitude du travail de Danny Boyle dans Slumdog Millionaire, le pathos et les violons en moins) ou sa manière de présenter le quotidien de la jeunesse en difficulté (sans oublier évidemment quelques clichés à la vie dure, mais représentés de manière différente et, en finalité, originale), le film aborde de nombreux thèmes, mais c'est avant tout un film sur la vie, l'espoir et la chance pour tous, sujet cher à son auteur qui l'avait alors déjà sublimé dans son oeuvre précédente.

Alors oui, Kheiron fait un énième film sur les Cités, sauf que comme on l'a vu via l'histoire qu'il nous a raconté il y a trois ans, il en vient, et est bien plus légitime que quiconque pour en parler. Surtout lorsqu'au delà d'une violence qu'il n'oublie pas, il préfère nous montrer les moments forts de ses personnages, leurs temps de bonheur et d'allégresse. Alors quelques faiblesses se dénotent, comme un casting pas toujours au poil parmi les jeunes comédiens, mais au-delà d'infimes détails que l'on remarque à peine, Mauvaises Herbes est un message fort sur l'éducation, la jeunesse, la vieillesse, les secondes chances, et tout ce qui compose la vie. Si on la voyait tous comme Kheiron, on sentirait vite la différence.

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