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Adapter Lovecraft avec 12 dollars de budget ? Hum... jouable.

Avis sur Messiah of Evil

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Je me tiens généralement éloigné des adaptations de Lovecraft, fatigué d’y retrouver les mêmes pratiques douteuses : références à la cosmologie lovecraftienne balancées aussi subtilement qu’un pachyderme dans un aquarium ou pire, réutilisation des éléments du Mythe de manière superficielle voire grossière. Je n’avais pas encore croisé la route d’une adaptation capable de dépasser ces clichés pour s’attaquer au cœur des nouvelles de Lovecraft, ce qui en fait le charme et la qualité, c'est-à-dire leur schéma narratif.

Si vos yeux se sont déjà posés sur les premiers mots d’une nouvelle du bon vieux Howard, vous savez que les entrées en matière du bonhomme sont rarement apathiques. Exemple : « Il est vrai que j'ai logé six balles dans la tête de mon meilleur ami et pourtant, j'espère montrer par le présent récit que je ne suis pas son meurtrier… » Messiah of Evil s’inspire des démarrages explosifs du maître de l’horreur et cela se traduit par une scène d’introduction aussi marquante que jouissive, le tout sur fond de musique langoureuse :
https://www.youtube.com/watch?v=DmAMCzYwtsA

L’autre caractéristique commune entre les nouvelles et le film concerne l’enquête menée par le personnage principal. En effet, dans Messiah of Evil, l’héroïne se rend chez son père, artiste reclus dont les ultimes missives paraissent "bizarres". Devinez le lieu de résidence du paternel ? Mais non pas Martigues, il s’agit de Point Dune, petit village paumé comprenant son lot de villageois « un peu » louches (bah oui, un type qui bouffe un rat vivant est par définition un type « un peu » louche, tout comme un type qui ajoute Saint-John Poivrot d'Arvor en éclaireur est un type très très louche). Bref, un héros fraîchement débarqué dans une contrée inconnue et hostile afin de mener une enquête sur des faits étranges, c’est là une donnée typiquement lovecraftienne.

A cela, nous pourrions ajouter la multiplication des narrateurs. Dans le film, l’héroïne est la narratrice principale mais pas l’unique. Nous découvrons l’histoire du père à travers un journal intime abandonné et les interventions de différents protagonistes permettront à l’enquête de progresser. Progression qui mènera notre voluptueuse héroïne vers des découvertes absolument monstrueuses qui l'entraîneront vers d’ignobles menaces qui la conduiront aux frontières de la folie et OH MON DIEU… t’as peur ? Ouais, moi aussi.

Je passe volontairement sur la nature de la menace puisque nous sommes quatre et demi à avoir vu le film à l’heure actuelle, je ne m'adonnerai donc pas à la pratique du spoil en réunion. Concernant les points négatifs, ils sont nombreux. Le budget famélique d'abord, les effets (maquillages, hémoglobine) apparaissent surannés, du moins autant que le Journal de Mickey qui trône dans mes toilettes depuis vingt-deux ans. De même les scènes d’action manquent cruellement de dynamisme et quelques facilités scénaristiques plombent un peu le scénario. Forcément, il s’agit d’une petite production qu’on appréciera davantage pour son atmosphère et ses bonnes idées peu onéreuses (la scène du cinéma par exemple est une merveille d’ingéniosité). Voyez donc Messiah of Evil comme une friandise pour tout amateur de Lovecraft qui se respecte. Et en guise d'ultime hommage à l'écrivain américain, je laisse le soin à Cthulhu de vous souhaiter un joyeux noël et une heureuse année…
« Pshhhaaarrrrrgghhh… »
C’est tout ?
« ‘Culé 2015 ! »

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