Braveheart 100% écrémé

Avis sur Michael Kohlhaas

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Découvert par votre serviteur alors qu'il n'en attendait rien (soit les conditions idéales de visionnage de n'importe quel film), Michael Kohlhaas est une excellente surprise.

Occupons-nous d'abord de ce qui fâche : son réalisateur, Arnaud des Pallières, n'est certainement pas le meilleur conteur sur le marché : son film souffre de sérieux problèmes narratifs, principalement un trop-plein d'ellipses qui gênent la lisibilité de l'histoire et la dramaturgie (on ne comprend pas tout de suite comment tel personnage est mort, ni où tel autre se trouve, ni combien de temps est passé, ni qu'il s'agit d'une jacquerie pure et simple...), et nous privent d'un chef-d'oeuvre.

Et pourtant, De Pallières n'en est pas moins un metteur en scène à suivre de près. Sa mise en scène, pour le moins dépouillée, qui évoque parfois un Braveheart sans l'emphase hollywoodienne, confinerait à l'arridité sans la somptuosité des plans et de la photographie, véritable invitation à l'immersion dans des Cévennes qui n'ont jamais été aussi mystiques et majestueuses. Michael Kohlhass ne se contente pas de briller d'une interprétation formidable : Mikkelsen, le Kitano danois, est comme toujours transcendental ; les excellents jokers se succèdent, de Denis Lavant à Sergi Lopez ; et la jeune Mélusine Mayance brille d'un feu précieux dans le rôle de sa fille. Il filme ses protagonistes à leur juste mesure. On pense par exemple au duo cinégénique au possible que forment Mikkelsen et Mélusine au soleil levant, la détermination balafrée et la boule d'espoir impuissante ; ou encore à LA scène de Marquerite d'Angoulême, inteprétée par une Roxane Duran effrayante de douceur trompeuse. Par ailleurs, si De Pallières a du mal à faire s'emboiter toutes les parties de son récit, il sait construire des séquences presques intimidantes par leur intensité, comme LA mort centrale du film, ou encore la scène du massacre dans le château, grande manipulatrice de l'ombre.

Les traversées à cheval de vallées isolées se succèdent mais ne se ressemblent pas... le vent, qui souffle fort et juste, profite de l'excellent travail sur le son pour devenir un personnage à part entière... Au rayon atmosphérique, Michael Kohlhaas est un pur bijou. La dernière fois qu'on avait vu une mise en scène aussi exaltée et flamboyante de la terre et du sang dans le cinéma français, c'était dans le génial Beau Travail, de Claire Denis (avec... Denis Lavant). Autant dire que ça remonte.

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