Le détachement existentiel de la Justice.
Ce qui fonde le jugement juste et l'action juste réside dans le détachement existentiel si bien incarné par Mikkelsen. Ainsi guidé par une tranquillité dangereuse s'en va l'homme animé de justice, définissant par ses actes même ce que l'on doit entendre par ce mot. Forteresse impénétrable de son intégrité : du haut de ses principes replie sur elle-même la communauté repue de sa propre satisfaction. Kohlaas est un homme avec un grand H parce qu'il réinjecte le politique et la morale dans un monde oublieux de lui-même. Ce qui se joue n'est pas saisissable au niveau de la terre, des émotions comme la peur ou la vengeance, ni même le goût (de justice).
Ainsi, les paroles des pasteurs et parents ne peuvent elles le dérouter de son chemin : elle n'ont nulle part où s'adresser. "Tu fais la guerre pour maman ? - Non. Tu fais la guerre pour les chevaux ? - Non." Kohlaas fait la guerre parce qu'aucune pensée n'apporte de réponse juste aux actes commis par certaines hommes à d'autres. Le droit (synonyme de juste, d'ailleurs) est ou n'est pas. La religion fait mine de donner au droit le visage d'une bonne entente à laquelle il faut savoir renoncer par intérêt ("tu es un marchand, ton commerce souffrira-t-il de la perte de deux simples chevaux ?"). Mais Kohlaas est animé par un absolu typiquement moderne, en avance sur son temps. (La princesse . "vous êtes comme moi Kohlaas, on vous craint autant qu'on vous aime"). Le respect qui émane du personnage est celui propre à un homme qui montre aux autres la voie d'une humanité plus accomplie, qui crée à elle-même les conditions de son salut et des choses supérieures auxquelles elle peut croire et défendre.
Une quête d'absolu à échelle humaine brillamment mise en images par des Pallières, à ne rater sous aucun prétexte.
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