Ethan Hunted

Avis sur Mission : Impossible - Rogue Nation

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Christopher McQuarrie est le scénariste de Usual Suspects. Rien que pour cela, il mérite toute ma sympathie. Ayant aussi écrit le précédent Mission impossible, il a toute mon attention pour ce film. Avec quand même une petite réserve : être un bon scénariste ne veut pas dire que l'on fait un bon réalisateur (je n'ai vu aucun des autres films qu'il a réalisés).
Le résultat est une réussite, mais pas tant par les qualités de réalisateur. Certes, le film réserve deux ou trois scènes bien tournées et visuellement sympa, mais rien d'exceptionnel ni d'inoubliable de ce côté-là.
J'aime beaucoup les deux scènes, qui se répondent d'ailleurs, où un espace clos se trouve empli d'une fumée blanche d'où émerge un homme, une tête ou un bras...

Sur le plan de l'action, ce film est moins musclé que Ghost Protocole. Mais tout en perdant cela, il gagne en intensité dramatique. Rogue Nation est un grand film d'espionnage. Les énigmes s'enchaînent et on avance en étant aussi aveugle que Hunt et son équipe, complètement baladés par un adversaire sur un échiquier dont on ne peut prévoir le moindre coup. D'ailleurs, le film est bien conçu comme une partie d'échecs où l'adversaire peut voir plusieurs coups à l'avance et où le but est d'enfermer le Roi.
Certes, le scénario emploie bien des facilités et des ficelles grosses comme les câbles du Tower Bridge. le coup de la reconnaissance faciale à travers la foule du Maroc, c'est un peu beaucoup, non ?
Et pourtant, McQuarrie réussit un film tendu d'un bout à l'autre, imprévisible, changeant suffisamment de direction pour éviter la routine.

PETITE DIGRESSION QUI N'A RIEN A FAIRE ICI
Deux questions me turlupinent cependant. D'abord, il y a cette scène de procès et dissolution du MIF. Le crédo se répète depuis le film de Brian dePalma, d'accord, mais les accusations lancées contre Hunt sont les mêmes que celles portées contre James Bond dans Skyfall : d'être dépassé, de ne plus correspondre au monde actuel, et d'être trop dans la "vengeance personnelle". Bien entendu, ils se trompent et le public le sait bien. D'où ma question : n’est-il pas question ici d'une méfiance envers les institutions gouvernementales et d'une exaltation de l'initiative personnelle, qui serait forcément préférable ? Que l'on me comprenne bien : je n'accuse pas McQuarrie de faire passer un message politique caché. Cela relève plutôt de l'ambiance générale des films d'action de ces dernières années. Ce qui vient des états et des institutions gouvernementales est, au moins, inefficace, voire carrément mauvais.
L'autre question concerne cette brave Angleterre. Elle s'en prend plein la figure pour pas un rond pendant une grande partie du film. Là aussi, loin de moi l'idée de défendre la perfide Albion : un pays où on mange aussi mal est indéfendable. Je m'interroge juste sur les raisons de ce déferlement anti-british.
Mais revenons au film...
FIN DE LA DIGRESSION QUI N'AVAIT AUCUN INTERET, NON ?

Rogue Nation est basé sur l'opposition entre deux organisations, MIF et le Syndicat. Or, l'un des intérêts du film, c'est que ces deux organisations ne sont pas si opposées que ça, que la frontière entre les deux est très mince. Elles agissent toutes les deux en dehors de toute légalité, en employant des agents spécialisés et sur-entrainés et en toute indépendance, n'ayant pas peur de tout détruire s'il le faut. Si les objectifs sont différents, les méthodes sont les mêmes et l'identité est quasiment similaire. Au point de confondre les deux. La scène du disquaire, au début, est significative : le Syndicat est identique au MIF.

Et si le film est aussi bon, c'est grâce à ses personnages. Des personnages qui (sacrilège !) en viennent à voler la vedette à Ethan Hunt. D'abord, pour la première fois depuis le début de cette série de films, Hunt a, face à lui, un véritable personnage, un vrai méchant, à la hauteur. Il ressemble un peu à un Leroy Jethro Gibbs qui serait passé du Côté Obscur de la Force. Froid, calculateur, manipulateur. Avec constamment cette certitude que, quoi que fasse Hunt, il tombera dans le piège tendu pour lui. Un méchant comme je les aime. Et on sait tous que, dans ce genre de film, si on réussit le méchant, c'est déjà 50% du travail de fait.
Et puis, il y a la surprise du chef. En l’occurrence, un formidable personnage féminin. Personnage qui donne beaucoup de saveur au film par son imprévisibilité. On ne sait jamais vraiment de quel côté elle se trouve. On sait qu'elle trahit quelqu'un, mais qui ? naviguant d'un bord à l'autre, elle conserve son caractère énigmatique tout en parvenant à assurer grave dans les scènes d'action (elle a un jeu de jambes très impressionnant, des jambes qu'elle a fort belles, d'ailleurs).
Comme d'hab, Simon Pegg en fait des tonnes mais permet d'avoir de l'humour. Par contre, Ving Rhames est totalement inutile dans ce film et on aurait pu s'en passer, et Jeremy Renner est transparent (alors que je l'apprécie d'habitude).
McQuarrie sait bien exploiter les ressources du cinéma. La musique, par exemple. Alors que la scène centrale de son film se déroule à l'opéra durant une représentation de Turandot (et faisant ainsi une allusion flagrante à Hitchcock), le thème de Nessum Dorma se répercute durant tout le film, marquant les rencontres entre Hunt et Ilsa. De plus, l'idée de remplacer, dans cette même scène de l'opéra, la musique habituelle des scènes d'action par du classique produit un effet plus que sympathique.
En conclusion, un bon film, une réussite sur plusieurs niveaux, malgré d'évidents défauts. Moins musclé mais plus énigmatique, jouant plus la carte de l'espionnage que de l'action.
Je ne dirais pas que c'est le meilleur, ayant toujours une préférence pour celui de Brian DePalma, mais il monte quand même sur le podium.

[7,5]

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