Le pervers magnifique

Avis sur Mon roi

Avatar Elsa la cinéphile
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Pourquoi Tony est-elle si fascinée par Georgio ? Comment peut-elle en être si dépendante, lui qui l'a fait tant souffrir par moments, lui qui est si instable, lui qui la trompe ?

Mais par ce qu'il a tout du flamboyant, du séducteur magnifique, à qui on excuse tout ... Il vend du rêve Georgio, il est terriblement attirant, amusant. Il n'est pas que sadique et violent, il sait aussi être compréhensif et doux. Voilà toute l’ambiguïté du personnage qui est si bien modelé par Maïwenn et interprété à la perfection par Vincent Cassel.

Voici le propre du pervers narcissique dans toute sa splendeur. On a rarement vu portrait plus réussi de ce type de personnalités au grand écran.

Au risque de s'y perdre, de s'y casser les ailes, au propre comme au figuré, Tony ne pourra pas s'en passer, car sa relation à Georgio est pire qu'une drogue ... La scène finale ne nous laisse pas envisager le contraire. On aurait pu croire à une envolée, une libération, une prise de distance, mais non Tony retombe, fascinée, engluée. Elle ne peut s'empêcher de l'observer comme si elle le dévorait. Cela donne un formidable gros plan dans la scène de l'école sur le visage de Vincent Cassel.

Leur petit garçon Sinbad, est lui aussi sous le charme de ce père fantasque, qui fait le clown, qui est capable de tout, qui lui réserve toujours des surprises grandiloquentes...

Certains ont reproché à Maïwen les allers-retours entre les séances de rééducation dans ce centre de réadaptation au bord de la mer et les scènes du passé, de cette histoire de couple. Je trouve au contraire que cette alternance est un élément essentiel du film, son ossature. Elle nous fait réfléchir sur le présent et les souvenirs, sur la façon dont Tony est allée jusqu'au bout d'elle-même, au point d'oublier son "je" pour prioriser le "nous". La scène avec la psychologue est à ce titre très réussie.

D'autres critiques ont pu juger inutiles les scènes avec les jeunes copains patients. Mon avis est qu'elle apportent au contraire de la fraîcheur et montrent que Tony a besoin d'un nouveau départ, de relations plus légères, apaisées, loin des affres de sa relation tumultueuse avec Georgio. Car elle a de la ressource Tony, elle pourrait vivre pour elle, s'amuser, profiter de la vie tout simplement ...

Il va sans dire que les deux interprètes principaux sont remarquables. Je n'ai d'ailleurs toujours pas compris pourquoi la palme est allée uniquement à Emmanuelle Bercot et pas aussi à Vincent Cassel. L'un ne va pas sans l'autre à mon sens. Décidément, les prix ont toujours une part incompréhensible pour moi ....
Les acteurs des rôles secondaires ne déméritent pas, bien au contraire. Je trouve Louis Garrel très touchant dans ce rôle de frère attentif, un peu loufoque, rôle peut coutumier chez lui. Et Isild Le Besco apporte une touche de fantaisie et de gaieté très réussie.

Je finirai par une question : pourquoi tant de gens dénigrent-ils Maïwenn, ne lui reconnaissant pas le talent qu'elle possède et la place qu'elle mérite dans le cinéma français ?
Pourquoi les prix qu'elle reçoit ou les interprètes de ces rôles font t'ils toujours autant polémique ?.
Si vous me permettez, j'ai peut-être l'embryon d'une réponse : ne serait-ce pas parce que c'est une femme, grande gueule et iconoclaste, pas dans la ligne, fantaisiste et qui fait uniquement ce qu'elle veut ?

Pour tout ça, moi j'adore !

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