Non non non, pas de titre...

Avis sur Nuit et Brouillard

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"Nuit et brouillard" est LE film que tous les collégiens subissent au moins au fois dans leur vie. Subissent, car c'est une véritable torture. Trente minutes seulement d'une horreur inqualifiable, d'un culte de la mémoire qu'on nous impose sans nous demander notre avis. Oui, les camps de concentration et d'extermination sont une abomination de l'être humain nazi, propulsé sur les devants de la scène par un Hitler haineux. La Shoah pourtant ne nous laisse pas le choix : tu t'en souviens ou t'es antisémite ! C'est pas cool tout ça, d'autant plus que les jeunes générations (et même les moins jeunes, nous sommes en 2011) n'ont pas les mains salles de la collaboration, de Vichy, des camps, du national-socialisme allemand de la seconde guerre mondiale. Alain Resnais tourne en 1955 ce film-documentaire propagandiste pour expier quelque peu la responsabilité française dans l'exportation des juifs...

Si vous ne voulez pas regarder "Nuit et brouillard", c'est compréhensible. Cette petite demi-heure alterne des images d'archives fortes et des plans tournés dans les camps quelques années après leurs fermeture. Nous observons alors entre le glauque et la violence des images récupérées, des camps vides (ouf, on peut souffler !) de toute vie. Seule une lourde pensée à tous les déportés qui s'y sont éteints plombe tout espoir. Car ce documentaire de propagande est dénué d'espoir, et tend à faire penser au spectateur que ce qui est arrivé est de sa faute. En 1956, cela devait avoir un fort impact, aujourd'hui le sens tourne vers le devoir de mémoire. Contrairement aux nombreux documentaires sur la Shoah, "Nuit et brouillard" apparaît bizarrement comme le plus pédagogique. On y apprend beaucoup sur l'intérieur des camps, sur la construction de ceux-ci, sur les déportés (qui ne sont pas tous juifs ; politiques dissidents, gays, handicapés, ...), sur le travail imposé aux détenus (car il s'agit bien de détenus, j'imagine mal les SS et autres licencier ses "ouvriers" et les renvoyer chez eux...), sur la crémation et le gazage, sur la hiérarchie militaire dans les camps... Une mine d'informations compactées en un laps de temps très court. Idéal pour se faire une idée globale de l'Holocauste.

Le texte lue par la voix-off est l'œuvre d'un résistant français déporté durant la guerre, Jean Cayrol. Il nous indique avec poésie la dureté de la vie dans les camps. La musique quant à elle est de Hanns Eisler, et illustre plutôt mal les images. Elle donne l'impression d'être dans sa chambre, avec un petit quartet sympathique à écouter pour s'endormir. Seule la beauté des mots de Cayrol parviennent à effacer la partition incongrue. Alain Resnais pour filmer les camps use et abuse des travellings, mais cela donne du charme à l'ensemble et la pilule passe mieux. Au final, "Nuit et brouillard" se ponctue sur un appel à la vigilance, afin que plus jamais cette horreur ne se reproduise. Comme quoi, la propagande a du bon !

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