Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage...

Avis sur O'Brother

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You boys're true friends... you're my boon companions !

Everett, grande-gueule gominée, Pete, péquenaud endurci, et Delmar, l'idiot du village, trois frères de chaînes qui s'évadent du bagne le coeur rempli d'espoir, traqués par un mystérieux marshall, incarnation du Mal et, paradoxalement, de la foi. Mi-démon, mi-fanatique religieux se prenant pour un messie, envoyé sur terre pour le jugement dernier de nos trois héros.

The law ? Well, the law is a human institution. Perhaps you should take a moment for your prayers.

Nos trois héros qui, au cours de leur périple, traversent le Sud des Etats-Unis ruiné par la grande dépression, un Mississipi abâtardi, poussiéreux, transpirant, raciste, contexte des années 30 blues et country magnifiquement reproduit par les génies Coen et leur inventivité débordante. Sans oublier, évidemment, la bande originale qui nous fait voyager à travers ces champs de coton à perte de vue, ces bicoques délabrées, ces chemins de fer sans fin, et j'en passe. On y est.
De plus, le film est parsemé de clins d'oeil sur l'histoire du Mississipi. Le KKK, les opposants politiques caricaturés, le surgissement explosif du gangster George "Babyface" Nelson... et surtout, la superbe apparition de Tommy Johnson au mythique carrefour où le guitariste a vendu son âme au diable, en échange de quelques accords - mythe repris, quelques années plus tard, par le bluesman de légende Robert Johnson, qui s'appropria cette histoire dans sa chanson Crossroad blues. Magnifique référence pour tous les fans de blues.

Standin' at the crossroad, baby, risin' sun goin' down

Standin' at the crossroad, baby, eeeh, eeeh, risin' sun goin' down

I believe to my soul, now, poor Bob is sinkin' down.

En plus des décors, du cadre étrange et envoutant, du scénario décalé typique des frères Coen et des nombreuses références à dénicher le long de la route des bagnards en cavale, ce qui rend le film à la fois fort, réaliste et comique est l'excellent jeu des acteurs. Des trois protagonistes aux seconds voire sixièmes de rôles, chaque acteur semble être né pour le personnage qu'il incarne. George Clooney, le play-boy beau-parleur du groupe, est sans cesse décrédibilisé à cause de ses réflexions philosophiques flottant dans le néant (puisqu'elles n'aboutissent à rien et que personne ne le comprend réellement) ; John Turturro, dans la peau du plouc au comportement rustre et aux instincts primitifs de sauvage, râleur et imprévisible, la mâchoire de travers et le regard qui tue ; enfin, Tim Blake Nelson joue le simplet de la bande, sensible, naïf et généreux. En un mot, les personnages sont humains. Dérangés, bizarres, décalés, certes, mais humains.

Maybe your friends think I'm just a stranger

My face you'll never see no more.

But there is one promise that is given :

I'll meet you on God's golden shore.

He'll meet you ooooon God's golden shore.

Réécriture subtile de L'Odyssée d'Homère du prédicateur au cyclope, des sirènes à la vie d'Everett Ulysse, O'Brother est un road-movie au charme incomparable, à l'ambiance chaleureuse et drôle, et surtout au cadre d'une authenticité sublime ; un road-movie comme on n'en voit pas souvent, mêlant épopée magique et voyage philosophique sous le soleil rasant du Mississipi.

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