Ouistitis et gominé

Avis sur O'Brother

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Dans O'Brother George Clooney joue le rôle d'Ulysse  Everett McGill. C' est un héros infaillible, rusé et particulièrement clairvoyant qui reprend le parcours initiatique d'Ulysse dans l'Odyssée et qui, (heu... re-qui), comme Ulysse, part à la recherche de sa Penny. Il faut imaginer toute la difficulté pour attirer l'attention d'une Pénélope polarisée sur son boulot fictif.

Mais avant cela Everett Ulysse devra affronter le Cyclope Big Dan Teague, cotoyer l'amiral Babyface Nelson et l'invisible magicienne Circé que l'on ne voit donc pas dans le film. Il rencontrera aussi des sirènes semblables aux vraies, celles qui jouent chaque jour un spectacle au parc de Weeki Wachee en Floride.

L'Odyssée n'est pas la seule inspiration du film. Guidé par sa recherche philosophique Everett Ulysse rejoue aussi clairement les aventures du Candide de Voltaire qui essaie de vivre en Théorie. (Car en Théorie tout se passe bien).
La chanson I Am A Man Of Constant Sorrow en est une illustration frappante. Candide cultive chaque jour son jardin et donc à cause de ça « c'est un homme dont la peine est constante ».

De même Voltaire dénonce l'esclavage et critique avec l'aide de sa complice Ironie la religion. Les frères Coen font de même lors des apparitions de la congrégation ou du vendeur de bibles Big Dan Teague. On peut d'ailleurs remarquer au passage que John Goodman qui interprète le charlatan joue aussi bien de la branche d'arbre que de la batte de base ball dans le Big Lebowski.

Deux drôles de ouistitis sont du voyage pour étayer ce conte philosophique. Delmar l'optimiste à tout crin accompagne Everett comme Pangloss accompagne Candide. Pete le troisième compagnon est un pessimiste qui est revenu de tout, comme Martin dans Candide et ses ambitions se limitent à ouvrir un restaurant. Tout comme Monsieur Martin ambitionne d'en ouvrir un...

Dans sa quête Ulysse Everett a deux atouts que ses deux partenaires de misère n'ont pas. Le premier c'est la consommation de café.
Le café est une plante aux propriétés étranges. Qu'on le boive en infusion chaud ou glacé, que l'on fume ses longues inflorescences ou qu'on prenne ses racines en décoction, le café procure une facilité d'élocution qui n'est pas incompatible avec des facultés d'abstraction quasi mathématiques. Il faut donc consommer souvent du café. Il faut aussi se méfier des messages subliminaux contenus dans les films.

La deuxième arme secrète d'Everett Ulysse tient dans sa gomina. Aviez-vous remarqué que les plus brillants des philosophes comme Kant, Hegel ou Heidegger se mettaient de la gomina sur la tête ? Non seulement la gomina par son odeur permet de s'isoler des humains mais en pénétrant dans la boite cranienne elle permet de lubrifier les idées. Sans la gomina il est fort probable que Hegel n'aurait jamais pu élaborer ses brillantes théories.

Everett est un philosophe, c'est hors de doute. Le philosophe n'est-il pas celui qui veut briser ses chaines ? En s'enduisant de gomina il entre alors par la grande porte dans le club fermé à double tour des grands philosophes.

Comme dans tous les films des frères Coen la noirceur est bien là. Le bluesman Tommy Johnson vendit son âme au diable comme le Tommy Johnson du film. Ce fut la même chose pour Robert Johnson qui composa « Crossroads » . Harry Johnson, Joseph Johnson et Dylan Johnson furent eux aussi victimes de cette tradition familiale. Mais ils purent ainsi apprendre à bien jouer de la guitare. C'est même ce qui donna naissance au blues.

Comme dans toute belle histoire il faut des méchants. Ceux-ci sont du côté de la croix, de la cagoule et de la tradition. J'ai nommé le Ku Klux Klan. Tout le monde sait que les membres du Ku Klux Klan n'existent pas. Ce sont en fait les fantômes de soldats sudistes morts au combat. Comment lutter contre des fantômes ? En se déguisant en ZZ TOP pour les effrayer?
Everett et ses copains essaient d'échapper ainsi au KKK. Mais c'est trop difficile. D'autant plus que le K est aussi fort que le Z au scrabble. Il n'y a donc qu'une chanson country qui puisse venir à bout des fantômes.

  • Une « rivière ».
  • Des prières.
  • Des accords de guitare

Il n'en fallait pas plus. Chez les frères Coen les petits finissent toujours par gagner.

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