Il était une fois...un conte de 2h45.

Avis sur Once Upon a Time... in Hollywood

Avatar BullesSatyre
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Je ne sais pas pourquoi je m'apprête à donner publiquement mon avis. Après tout cela demande un certain narcissisme et une certaine arrogance que de croire qu'il puisse être pertinent et intéressant.
Quoiqu'il en soit, le Once upon a time in...Hollywood de Q. Tarantino m'a laissé suffisamment perplexe pour que le besoin d'écrire dessus se fasse sentir. Tombons, nous aussi, comme le réalisateur dans cet exercice de catharsis. (Je ne palabrerais pas sur les éternels poncifs du style "j'aime Tarantino", "je suis un grand cinéphile". We don't care).

Commençons par les points positifs de cette séance de cinéma car il y en a beaucoup malgré la note affichée. Mais je veux donner une nuance bien nécessaire aux retours bien trop élogieux et excessivement positifs que reçoit le film.
La reconstitution du Hollywood de la fin des Sixties est véritablement admirable. C'est le point fort et indiscutable du film. Pendant la projection je me suis même supris à me dire "En fait, c'est presque un film sonore". Les radios, les postes de télévision, tous dans Once upon a time transpire les années 60. Oui, Tarantino témoigne de son amour du cinéma de cette époque, rend compte de la vie hollywoodienne de ce temps révolu avec mélancolie.
Pour ce qu'il en est des aspects purement technique de la réalisation une fois encore, rien n'est à reprocher au cinéaste qui maîtrise toujours aussi bien sa caméra et ses acteurs.
D'ailleurs le casting ne peut faire que rêver, notamment Brad Pitt qui se démarque plus que son compère Dicaprio (qui demeure terriblement juste et efficace dans son rôle). Quant à Margot Robbie aka Sharon Tate, que dire ? Oui c'est une belle femme, mais après, difficile d'avoir un avis construit sur sa prestation, tant il s'agit paradoxalement d'un second rôle.

C'est ici, que je glisse progressivement sur ce qui m'a, personnellement, déplu dans ce film. Car oui, "mitigé" est le premier terme qui m'est apparu après avoir vu le dernier film de Quentin Tarantino.

Le film, de par son titre, s'annonce comme un conte. Tout le propos du réalisateur réside dans cette notion, sur le rapport entre la fiction et le réel. Ce qui a été dit et redit par tous ou presque. Le souci étant à mon sens, qu'il en oublie la narration pour s'aventurer dans oeuvre fictionnelle contemplative légèrement ennuyante.
Si Tarantino réécrit ici l'Histoire et les faits, il ne le fait que sur 15min de film, tout au plus. Là où la durée totale du métrage prend 2h45.
Durant ce laps de temps conséquent, s'installe très vite un sentiment de vide. Que se passe-t-il ? Qu'est-ce que les personnages racontent ? Pas grand-chose, juste la vie d'un acteur et de son pote cascadeur. La storyline la plus intéressante (la seule ?) est celle du personnage de Cliff (Brad Pitt). Mais globalement aucun personnage n'évolue et n'a d'histoires et de vécus (hormis Cliff, avec sa femme et Bruce Lee). Le personnage de Dicaprio vivote, joue, picole, tourne, picole au même rythme et avec une finalité identique au point de départ.
Je pense qu'on peut trouver cette histoire géniale, mais uniquement si l'on idolâtre le monde du cinéma hollywoodien et ses acteurs, et par-là je ne parle pas des films produits, mais bien de la construction du produit "people" largement démocratisé justement par la télévision apparu massivement dès les années 50. Le problème c'est que ce n'est pas le propos du film, tout au contraire puisque à travers Sharon Tate/Margot Robbie (petit ange parti trop tôt), le film idéalise ces "people", tout en ayant tout de même un recul bien polissé dessus. Par le même coup, Tarantino bafoue l'Histoire. Les hippies ne sont que des anti-flics amateurs de gouroux diaboliques venus faire des choses diaboliques (caricatural au possible, et pourtant je suis pas personnellement fan des hippies). Les USA ne se résument qu'à Hollywood (certes c'est le sujet du film). D'ailleurs étonnamment, l'absence de personnages afro-américains dans ce film ne choque personne dans la sphère des medias ? (Les premiers à hurler au racisme sans raison, la plupart du temps ?). Les années 60 aux États-Unis demeurent aussi les années de lutte contre la ségrégation qui demeurent très ancré malgré la législation, il est donc logique de ne pas trop apercevoir d'afro-américains dans le film, mais là ils n'existent même pas dans le décor. Je n'aborderais pas non plus le traitement de Bruce Lee, c'est une fausse polémique mais un vrai symptôme des défauts du film. Tout cela souligne bien une chose, l'élitisme du propos et du film. Je ne veux absolument pas faire ici un procès d'intérêt je veux seulement souligner que ce film qui possède, une ambiance "historique" tout en éclipsant les aspects qui ne lui servent pas, ce qui dénature son aspect "reconstitution d'époque". D'autant qu'Hollywood ce n'est pas qu'une ville d'acteurs et de réalisateurs, ou de hippies. On y retrouve aussi des petites gens.. Mais on ne les voit pas.

On se retrouve finalement avec un film, que j'ai pour ma part trouvé étrange. D'habitude j'aime les choses étranges. Mais là, je ne sais pas. J'ai le sentiment d'avoir eu à faire à un film élitiste. Fait par un cinéaste pour des cinéastes, des acteurs et des cinéphiles élitistes fan de vieux westerns ou du cinéma d'auteur. Comme si le but était de faire plaisir à celui qui trouverait le plus "d'easter-eggs" pour se vanter auprès de ces potes (la même chose m'avait gêné avec Ready Player One).

Où sont les dialogues péchus comme dans Reservoir Dogs ? La captivation malsaine pour un personnage étrange au détour d'une conversation de Boulevard de la Mort ? Les situations loufoques de Pulp Fiction ? La tension de Kill Bill ?

Le film n'est pas accessible à tous le monde. Certains aimeront, d'autres non.
Je suis triste de ne pas avoir été absorbé par le 9e film de Tarantino, en étant plus marqué par ses défauts que ses réussites, une première.
Contempler, se souvenir avec mélancolie de ses idoles perdues, ne suffit pas à faire un film captivant de 2h45. La pop-culture trouve vraiment ses limites dans l'idolâtrie, comme beaucoup d'autres choses...

Merci de ne m'avoir pas lu !

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