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Partie de campagne par Gérard Rocher

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Il fait un temps splendide, c'est un beau dimanche qui s'annonce en cet été 1860, une journée comme on les aime et qui donne des envies de balades. C'est ainsi que Monsieur Dufour, quincaillier à Paris, profite de son jour de fermeture pour emmener sa famille en voiture, s'il vous plaît, à la campagne sur les bords du Loing. Henriette, la fille, est accompagnée d'Anatole, son fiancé et futur successeur de Monsieur Dufour. On rit, on plaisante en mangeant sur l'herbe et Madame Dufour et Henriette sont d'autant plus joyeuses et troublées que deux jeunes canotiers, Rodolphe et Henri, ont décidé de faire la cour aux deux femmes. Loin de ces préoccupations, Monsieur Dufour et son futur gendre décident de partir "taquiner" les poissons alors que ces dames acceptent une "promenade romantique" en canot avec les deux inconnus. En fait de promenade, Madame Dufour disparaît derrière un buisson avec Rodolphe alors qu'Henriette va tomber dans les bras d'Henri . L'heure du départ arrive et la voiture repart avec à son bord deux femmes ravies, mais quelque peu tristounettes. Anatole, marié avec Henriette, décide quelque années plus tard de partir pique-niquer au même endroit et alors, surprise! Henriette retrouve par hasard Henri qu'elle n'a pas oublié pendant que son époux sommeille au soleil. La rencontre magique sera brève car Anatole se réveille...

Ce film tiré d'une nouvelle de Guy de Maupassant est bien sûr très poétique mais aussi très caustique. On retrouve la gaieté des citadins partant tout guillerets, sitôt les beaux jours, à la découverte d'une petite auberge, ici celle du père Poulain dans des petits endroits plein de charme tout près de Paris. C'était pour certains l'époque des plaisirs simples, le temps où l'on savait regarder et apprécier la nature. Pour ce commerçant et sa famille les plaisirs étaient bien rares et c'est pourquoi cette sortie qui rompait les habitudes prenait une telle ampleur. La vie quotidienne de cette famille était routinière et les rapports affectifs entre chaque membre bien rares et on laissait couler le temps. C'est pourquoi ces deux femmes subissant le poids d'une existence monotone se laissent aspirer par deux jeunes godelureaux et vont ainsi connaître durant quelques minutes ce que personne n'a pu leur apporter jusqu'alors. Ce bonheur sera très court mais tellement excitant qu'il restera gravé à jamais à tel point que bien des années plus tard Henriette va reconnaître celui qu'elle a brièvement aimé. Voilà ce qui arrivait et arrive peut être encore à ces messieurs plus préoccupés par leurs petits plaisirs et leur tranquillité plutôt que par leur compagne durant les beaux dimanches d'été... Toutefois cette nouvelle rencontre sera la dernière et, contre toute moralité, on le regrette sincèrement pour Henri et Henriette faits l'un pour l'autre... comme leurs prénoms.

Ce moyen métrage de Jean Renoir est un petit bijou à plusieurs titres. Il y a tout d'abord la beauté des images qui donnent aux lieux de l'histoire un cadre enchanteur propre à la fête, à la détente mais aussi à l'aventure et aux "jeux interdits". Le Loing et ses rives sont un endroit charmant que le réalisateur magnifie avec une étonnante dextérité. L'esprit souvent caustique et mordant de Guy de Maupassant ressort à merveille et le mariage de ces deux éléments est absolument convaincant. De plus, au niveau des rapports humains, Jean Renoir a su parfaitement les analyser en apportant aux personnages principaux, notamment à Henri et Henriette, une énorme tendresse. Il se dégage en plus de ces aventures furtives et sensuelles une telle émotion que l'on reste un peu triste pour les deux tourtereaux mais au combien captivé par cette chronique toute simple. Du côté de l'interprétation, Sylvia Bataille, dans le rôle d'Henriette, et Georges D'Arnoux ,dans celui d'Henri, sont d'une grande crédibilité dans leur passion l'un pour l'autre et dans leurs désillusions. Les autres actrices et acteurs, Jane Marken dans le rôle de la mère, André Gabriello dans celui du quincaillier, Jacques Brunius, le dragueur des beaux dimanches ou Gabrielle Fontan, la grand-mère, nous font eux aussi vivre un excellent moment grâce à leur authenticité. De plus, un certain Luchino Visconti participa comme assistant au tournage de ce film réalisé très rapidement et sans grands moyens.

Pour ma part, si vous arrivez à dégoter ce film édité en DVD, alors n'hésitez pas à faire une escapade durant quarante minutes sur les bords rafraîchissants du Loing avec Jean Renoir et son talent pour guide. Vous partirez certainement le coeur léger mais vous reviendrez peut-être avec le coeur un peu lourd.

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