Des liaisons dangereuses...

Avis sur Pas vu pas pris

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Pas vu pas pris est un documentaire du réalisateur Pierre Carles, connu notamment pour avoir réalisé La sociologie est un sport de combat sur le sociologue Pierre Bourdieu.

Tout commence par un reportage commandé à Pierre Carles par la chaîne Canal + et intitulé Pas vu à la télé. Ce reportage devait s'intégrer dans une séquence « Politique, télévision et morale » qui devait être diffusé lors de l'émission Télé-dimanche présentée par Michel Denisot sur Canal.
Pour son documentaire, Carles part d'une discussion privée entre l'homme politique François Léotard et le journaliste Etienne Mougeotte, juste avant de prendre l'antenne. Cette conversation volée, révélée par le Canard, n'avait alors jamais été diffusée à la télévision. L'occasion pour Pierre Carles de poser la question aux grands pontes du journalisme du petit écran : mais si on peut tout dire, alors pourquoi ne peut-on pas diffuser cela ?

Caméra à la main, il les interroge alors sur la vidéo en question, après avoir prétendu qu'il travaillait sur un sujet vague, pour obtenir l'entretien tant convoité. Les réactions des journalistes sont alors variés : allant de l'attitude défensive au gars qui n'y voit rien d'extraordinaire. Bien sûr, l'objet de Carles, c'est bien de les prendre en flagrant délit d'embarras, tandis que leur silence ou leur colère rentrée sera nécessairement présumée coupable.
Il propose alors son reportage à son supérieur hiérarchique, Philippe Dana, qui au départ était partant pour diffuser son sujet, tout en le qualifiant de «missile exocet». Après visionnage et passage par les autorités supérieures, le verdict tombe : il va devoir revoir sa copie. C'est ce que fait Pierre Carles qui propose cette fois un reportage sur PPDA, sur l'affaire de l'entretien truqué avec Fidel Castro. Là-encore, son reportage passe par la commission spéciale et le bilan tombe: encore raté. Philippe Dana le rappelle par téléphone : «Donc en même temps on t'aime bien donc ça a un côté… euh… C'est con ! C'est con parce que t'as eu tord d'être têtu». Je traduis : ton reportage, il est intéressant, mais t'as bien compris qu'on pouvais pas le passer. Alors pourquoi tu t'obstines ?

Ah oui ! il faut que je vous explique un truc, c'est que Pierre Carles enregistre l'intégralité de ses conversations téléphoniques en vidéo. C'est ce qui va produire la matière pour Pas vu pas pris, qui est si l'on veut une extension à son reportage original Pas vu à la télé. Snowden anar, avec une vingtaine d'année d'avance, Pierre Carles est prudent. Or ce sont ces enregistrements qui vont lui permettre de démonter les mécanismes de la censure dont il a fait l'objet.

A la place du reportage de Pierre Carles, l'antenne de Canal + propose une discussion tout à fait convenue entre personnalités respectables. Pas de chance, quelques jours plus tard, les journaux Libé et Le Monde dénoncent une censure. Canal tente alors de noyer le poisson en dénonçant un procédé frauduleux de la part de l'auteur du reportage, qui aurait tenté de faire passer quelques personnalités importantes du monde journalistique... «pour des cons».

Sauf que c'est justement la défense Pierre Carles, que de dire que ces méthodes journalistiques tout à fait discutables sont également les leurs. Et que s'il se permet de les utiliser, c'est justement pour dénoncer le bal des faux-culs. Une défense qu'il illustre dans son documentaire bien sûr ; pas la peine de vous dire qu'il n'aura pas eu de droit de réponse.

Et le film continue ainsi, de ses magouilles avec ses amis pour que son reportage puisse passer à la RTBF, tandis que Canal en détient les droits, jusqu'à ses négos avec Karl Zéro, qui lui propose de lui donner une totale liberté... et puis non finalement.

Alors pourquoi cette note de 5 me demanderez-vous ?

Pour une raison très simple, c'est que le documentaire ne va pas assez loin. Mettant en scène le récit des péripéties de Pierre Carles lui-même et sa propre expérience de la censure, son film se contente de montrer ce qui est, sans dépasser ce stade. Or ce qu'il dit n'a rien d'exceptionnel : les journalistes ont des intérêts et le premier qui crachera dans la soupe sera gentiment évincé, ou du moins écarté.

Pour autant, à part l'affaire Léotard/Mougeotte, qui sert plus d'illustration qu'autre chose ou le récit clownesque de l'interview imaginaire de Fidel Castro par PPDA, Pierre Carles montre les complicités qui existent entre journalistes et hommes politiques mais ne dévoile rien de leurs compromissions. Ne reste alors plus que la censure dont il a été l'objet.

En somme un exposé expérimental mais fort incomplet.

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