Paterson: le cercle disparu du poète Jim Jarmusch

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Sensation du dernier Festival de Cannes, le long-métrage du réalisateur américain rayonne par sa simplicité et son esthétisme du quotidien. Un moment de pure grâce, dans lequel Adam Driver confirme sa prédisposition au drame.

«La simplicité est la sophistication suprême.» Dès le XVème siècle, Leonard de Vinci avait trouvé la solution. Une maxime qui traverse les époques, et que le réalisateur américain Jim Jarmusch s'applique parfaitement dans son dernier film. Celui-ci, sorti dans les salles françaises le 21 décembre dernier, narre une semaine de la vie convenue de Paterson, un jeune chauffeur de bus qui réside dans la ville de… Paterson, dans le New-Jersey. Une évidence qui va devenir la marque de fabrique du film, véritable ode à la prose contemporaine.

Dans cette ville de poètes, berceau de l’anarchie où sont issus -entre autres- les célèbres William Carlos Williams (dont les textes du long-métrage sont inspirés) et Allen Ginsberg, le jeune esthète des mots voit l’inspiration partout. Une boîte d’allumettes Ohio Blue Tip, les sombres averses qui enveloppent le ciel, ou encore les trois -ou quatre- dimensions. Tous les composants de son quotidien sont à même d’être sublimés dans son carnet secret.

Un calepin que l’extravagante Laura (Golshifteh Farahani), avec qui Paterson partage sa vie, aimerait voir publié. «Tu es un grand poète», lui répète-t-elle régulièrement. L’apprenti poète, installé dans une résidence, est également le maître d’un chien: Marvin. Si la journée le jeune homme travaille les rimes de son cahier entre deux stations de la ligne 23, le soir, il promène son canidé dans les rues sombres et va boire des bières dans un bar.

Adam Driver, nouvelle étoile d’Hollywood

Perfectionniste, Jim Jarmusch a même souhaité que son acteur principal conduise réellement le bus. Souvent drôlissime grâce à un humour raffiné, Adam Driver est excellent. Il confirme ainsi qu’il est une valeur montante d’Hollywood. Statut qu’il faudra toutefois confirmer dans le prochain film de Martin Scorsese, Silence (à l’affiche dès le 8 février), où il donnera la réplique à Liam Neeson et Andrew Garfield. Une nouvelle escale aux côtés d’un autre grand réalisateur, avant de retourner camper son rôle de Kylo Ren dans le blockbuster Star Wars 8.

Touché par la grâce, Jim Jarmusch signe sans aucun doute l’un des meilleurs long-métrages de l’année. Un coup de maître qui, en plus de redonner espoir par son utopisme évident, réveille le poète caché en soi. Car oui, Paterson est un artiste du quotidien, et pourrait être n’importe lequel d’entre nous. Un hommage au modernisme et à l’imagisme, qui permet à chacun de redécouvrir la beauté subjective du monde.

Guillaume Narduzzi

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