Crazy over the rainbow he is crazy

Avis sur Pink Floyd : The Wall

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J'ai longtemps hésité à voir ce film. Déjà, en vrai, j'en avais vu des extraits, ceux que tout le monde ont déjà vu ; il suffit de taper Pink Floyd sur YouTube pour tomber sur le clip d'Another Brick Part II, et ensuite on se laisse porter au gré des recommandations de la colonne de droite. Les extraits sont sympas, celui de Hey You ! m'avait bien fait frissonner (en même temps j'adore cette chanson, une des rares vraiment réussies de l'album) ; mais ce n'étaient que des extraits. Le film dans son entier me faisait un peu peur : faisait-il oeuvre cohérente ou patchwork informe et boursouflé, à l'image d'un album que j'avais trouvé assez inégal ?

Cela fait une semaine que j'ai vu le film, et je suis incapable de donner une réponse claire à cette question. Car le principal problème de Pink Floyd : The Wall, c'est qu'il est autant bourré de qualités que de défauts, que ce soit au niveau de sa structure narrative que de sa réalisation, en passant par l'OST.

Pour rendre plus clair mon propos, je vais axer ma critique sur 3 points qui me semblent essentiels : la musique, la structure narrative et la mise en scène. Ca risque d'être long aussi, désolé d'avance.

J'adore Pink Floyd. C'est un des rares groupes dont je trouve le travail intéressant, même quand c'est loupé. Parce qu'il y a toujours des idées derrière, et une vraie démarche artistique qui a pour vocation de donner une musique ambitieuse et qui se renouvelle à chaque fois. Des fois ça foire (Ummagumma), des fois c'est génial (Animals). The Wall, c'est un peu la meilleure idée du monde plombée par des décisions douteuses (et aussi par le retrait de Wright). Mais même si le résultat final est un peu loupé, l'idée de faire un film basé sur l'album a de quoi faire saliver : la structure narrative est déjà écrite, on a des thèmes forts qui passent très bien au cinéma (la folie, la perte de rapport social, la perte de contrôle, la relation avec le corps). Pour les besoins du film, Waters a retouché quelque peu le matériau de base : des instruments ont été réenregistrés sur quasiment toutes les chansons, certaines pistes mises de côté pour l'album sont dans le film, et a contrario, certaines chansons de l'album prennent la porte - dont Hey You !, grrrr... Ca passe plutôt bien je dois dire, car les images donnent une vraie force aux paroles et à la musique. De ce point de vue là, le film est réussi.

Mais The Wall se caractérisait aussi par sa structure narrative, et c'est là que les ennuis commencent. Alors, je sais que faire un copier-coller de l'histoire de l'album sur le film n'aurait pas été très malin, mais quel intérêt pour le film de mélanger les séquences ? Juste un exemple, Young Lust est ici relégué derrière Don't Leave Me Now, ce qui est complètement débile vu que la première chanson nous présente Pink adulte avant de le faire basculer dans la folie à cause de sa femme. Et le montage n'arrange rien, en collant des séquences de Pink adulte sur The Thin Ice dans une piscine, ou Pink enfant après Nobody Home dans une séquence, certes très belle, mais pas du tout à la bonne place dans le film. Le problème est que la narration n'est pas cohérente tout le temps, à force de multiplier les flashforwards ou les flashbacks ; or ça m'a sorti du film à plusieurs moments, car on saute d'une période de la vie de Pink à la suivante sans explications préalables, et il faut attendre quelques minutes pour avoir le lien entre les deux. Alors on pourrait me répondre "mais t'es con, de toute façon tu connais l'album" ; mais Pink Floyd : The Wall est un film, et en tant que film il se doit quand même d'être lisible du début à la fin, d'être cohérent de bout en bout. Là, j'ai eu l'impression de regarder des bouts d'histoires mis ensemble sans que ça ait été pensé d'une façon globale. Ca gâche un peu le film, et ça empêche de vraiment s'attacher à Pink.

Enfin, la mise en scène me pose aussi problème, mais ici le souci est différent. Globalement, Alan Parker filme bien : les images sont belles, certaines séquences sont impressionnantes, d'autres ont mal vieillies (l'animation de la femme de Pink m'a piqué les yeux), mais ça reste bon. Cependant, je trouve que le film est trop plat dans les séquences sans chansons - c'est un peu le souci des films musicaux, et notamment je trouve que le personnage de Pink est trop peu travaillé, dans son histoire, ses névroses, ses peurs et ses espoirs ; ici, on se retrouve avec un mec déprimé, complexé et que sa femme vient de quitter (parce que ça doit être chiant de vivre avec un tel mec). Personnellement, ça ne m'a pas touché plus que ça, et comme Parker a la légèreté d'un éléphant pour faire passer le message, ça finit par lasser. Et puis, pour avoir vu les concerts du Wall Tour, je trouve ces derniers bien plus percutants que le film au niveau de la mise en scène. Parce que The Wall au final, c'est comme une pièce de théâtre : ce qui compte, ce n'est pas vraiment la psychologie de Pink ; c'est plutôt l'enchaînement des tableaux, les genres musicaux explorés (opérette, folk, jazz, marche militaire, etc.), les situations qui sont grotesques, surjouées,... Et en concert, ça marche du tonnerre, parce que l'album prend vie. Pas dans le film, où les deux ne marchent pas en symbiose.

Au final, mon avis sur Pink Floyd : The Wall est loin d'être tranché ; je lui reconnais volontiers de grandes qualités mais ses défauts le plombent. Ca manque de punch pour faire un film vraiment percutant. Un David Lynch, voire un Cronenberg, qui sont des spécialistes des thèmes de la folie, du rapport au corps, aux autres, auraient été de bons réalisateurs pour ce projet, car ils ont une vision qui se serait retrouvé dans le film, qui aurait apporté une plus-value. Ici, Alan Parker se contente de poser des images sur la musique, de manière sage.

Et puis merde Roger, t'aurais pu mettre Hey You ! quand même...

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