Adjani dans le métro

Avis sur Possession

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Oyez, oyez braves gens, remballez vos Conjuring, Insidious et autres activités paranormales, il est ici question de Possession, sacré film d’horreur comme on ne sait plus en faire. Car oui, le souci avec l’horreur récent, c’est que la tambouille a toujours le même satané goût. Le fantôme de mamie au sous-sol, le démon tapi dans le tiroir à chaussettes, la sorcière moche comme un pou… l’habituelle farandole de recettes éculées. Et si, comme moi, la mode du found footage sponsorisée par Doliprane et celle du torture porn sponsorisée par les sacs à vomi de chez Super U ne vous inspirent guère, il convient de se tourner vers des films moins récents mais pas moins surprenants.

Le point fort de Possession est qu’il délaisse les entités démoniaques au placard pour s’ancrer dans le réel. Tout débute par une rupture. L’épouse veut se barrer, l’époux apprend qu’elle en fréquente un autre depuis belle lurette. Plutôt que se serrer amicalement la paluche et s’en tenir au « bon courage » de rigueur, le couple se déchire, le fils devient un moyen de chantage et les mariés, à défaut de vivre heureux, sombrent peu à peu dans la folie. Ca s’insulte, ça joue des poings puis du couteau, bref, le cauchemar commence. Un cauchemar oui, et j’insiste sur le terme. Possession est une œuvre hallucinée, véritable descente aux enfers par la face nord, plus vertigineux encore que L’Echelle de Jacob ou Le Locataire de Polanski.

Andrzej Zulawski nous propose donc d’assister à une expérience peu banale, le délire psychotique d’un couple incapable de surmonter la rupture. L’occasion de traiter certains thèmes qui feront écho à tous : crainte de l’abandon, perte de l’être aimé, passion destructrice. Pour servir un propos si joyeux, rien de tel qu’une bonne ambiance suffocante, malsaine, glauque, lugubre, sinistre et oppressante à souhait (un conseil pour vos critiques, tapez « synonyme » sur google et vous pourrez, comme moi, vous la péter en balançant un tas de mots compliqués sans vous fouler le moindre neurone). Ne pas oublier la paire d’acteurs. Sam Neill campe à merveille le timbré, une mise en jambe parfaite avant l’Antre de la Folie et Adjani est juste bluffante. Je me dois d’évoquer ce passage dans le métro où l’actrice s'entortille comme un ver avant trépas et hurle à s’en décoller les poumons. Une crise d’hystérie à ranger au panthéon des scènes cultes.

Reste le problème majeur du film, à tant vouloir brouiller les pistes, le spectateur finit par nager en eaux troubles et perdre pied. Difficile d’interpréter certains évènements, difficile de saisir tous les enjeux tant les mystères s’épaississent. Contrairement à L’Echelle de Jacob et sa fameuse pirouette finale, Possession nous laisse en plan. Le final tape dans le registre du « démerdez-vous avec ça et à la revoyure ». Malgré cette déception, le film est une expérience cinématographique atypique. Je ne prends pas beaucoup de risques en affirmant qu’il s’avère bien plus perturbant que tous les films d’horreur cités en début de critique. Parole !

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