QUAND LE DÉSESPOIR PREND DES ATOURS POÉTIQUE

Avis sur Psiconautas

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Critique publiée sur Eklecty-City.fr

De prime abord, le paysage du cinéma d’animation semble s’adresser uniquement à un public enfantin. En effet, même si la japanimation brise régulièrement la frontière et que de temps en temps, certains doux dingues comme Bill PlymptonLes Mutants de l’Espace, des Idiots et des Anges – viennent rajouter leur grain de sel. La production européenne a bien du mal à sortir de cette vision. Même si cette dernière adopte une approche beaucoup plus qualitative et artistique que les sempiternels films en 3D pré-calculés. Rares sont les œuvres prenant le risque de rompre tous liens avec le jeune public. Dans ce paysage, en s’adressant concrètement à un public adulte, Psiconautas vient briser cet état de fait.

Malgré ses couleurs pastels et ses animaux anthropomorphiques, le film, tiré de de la bande-dessinée éponyme, affiche sa couleur dès le guichet en écopant, en France, d’une interdiction pour les moins de douze ans. Distribué par Eurozoom – à qui l’on doit Your Name et la ressorti de Belladonna – co-réalisé par Alberto Vasquez et Pedro Rivero, Psiconautas est de ces œuvres imparfaites et fragiles mais terriblement précieuses.

L’action prend place sur une île qui se remet péniblement d’un désastre écologique. Dans ce paysage sinistre et moribond, le jeune Birdboy – fils de Birdman – doit reprendre le flambeau de son père. En proie au doute, à la tristesse et à la colère, Birdboy doit également lutter avec son coté obscur. Manifestation de ses pensées les plus noires, celle-ci prennent forme d’un terrible oiseaux destructeur. Pour refréner ses pulsions, Birdboy est accro aux « pilules du bonheur » qui le tue aussi lentement que sûrement.
Parallèlement Dinki, amoureuse de Birdboy, essaye avec deux compagnons de route, de réunir assez d’argent pour fuir la misère de l’île et un environnement familial toxique.

Déjà exploré par Vasquez et Rivero – notamment dans le court-métrage Birdboy qui peut très bien faire office de prologue à Psiconautas – l’univers de l’œuvre soutien une vision incroyablement noire et pessimiste. Frontalement, les réalisateurs abordent pléthore de sujets de société et comportementale. La dépendance, les affres de l’adolescence, la résignation, l’écologie, l’espoir, la répression policière… En seulement 1H15, Psiconautas se révèle d’une richesse thématique incroyable. Tout en contraste, on s’étonnera de voir des personnages si délicat se droguer, voler ou donner la mort en réponse aux affres de la vie. Volontairement cryptique et déstructurée, le film en laisseras sans doute certains sur le carreau. D’autant qu’en plus de son ironie et sa cruauté, l’univers se teinte d’un humour surréaliste achevant d’insuffler au film un coté étrangement décalé.

De tous ces éléments se dégage une étrange poésie, presque un spleen, dans lequel se débattent des personnages en proie à une intense volonté de vivre. Malgré les difficultés, chacun fait de son mieux pour tirer son épingle du jeu dans Psiconautas. On pourrait voir dans les esprits combatifs de Birdboy et Dinkie, une allégorie de la situation de l’Espagne ces dernières années – avec une jeunesse fermement opposée aux institutions. Mais plus largement, Psiconautas parle d’émancipation et de rébellion. De cette lutte acharnée contre un destin incertain et de la construction d’un avenir serein. Profondément tragique, le film n’oublie pas de distiller une pointe d’espoir. Tissant un parallèle avec la nature, qui parfois reprend ses droits pour peu qu’on la protège, la vision de Vasquez et Rivero est très claire : c’est par celle-ci qu’un monde meilleur est envisageable face à la folie destructrice des hommes.

Oscillant entre abattement et colère. Espoir et tristesse. Psiconautas est un élégant puzzle. Épousant merveilleusement son récit, la forme se veut plus dure et sérieuse que dans le court-métrage. Avec une solide identité visuelle – du pastel dans les moments de calme et des dominantes plus tranchées lorsque l’animosité prévaut – Psiconautas s’impose comme un film sombre destiné avant tout aux adultes et adolescents malgré sa parure enfantine – On pense à Happy Tree Friends. Métaphore d’une adolescence en recherche de valeurs. Tribune pamphlétaire pour l’écologie. Attaque à charge contre l’industrialisation. Psiconautas dresse un portrait vitriolé de notre société. Un film d’animation élégant, noir et poétique à ne pas mettre devant tout les yeux.

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