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Voyage au bout de la nuit

Avis sur Qui a peur de Virginia Woolf ?

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"Qui a peur de Virginia Woolf ?" fait partie des films que l'on aborde avec curiosité, sans trop savoir à quoi s'attendre, et même avec un peu d'appréhension. Tout cela à cause d'un titre énigmatique (vous l'aurez compris, aucun rapport avec l'auteure) dont le jeu de mot douteux tranche avec une affiche sombre et mystérieuse. Le synopsis n'en révèle guère plus sur le film. Dès lors, deux possibilité : une (très) bonne surprise ou une déception plus ou moins grande. L'inspiration théâtrale du film, loin d'être un gage de qualité, augmente le risque du pari.

Mais sans plus attendre, le film commence, un couple marche dans la nuit américaine (je sais, j'aime déraisonnablement les références). Leur lointaine et approximative démarche laisse supposer un taux d'alcool déjà conséquent. Un retour au calme après un énième éprouvant dîner en famille. Ensuite, une brève mais savoureuse séquence dans la maison du couple permet de faire connaissance avec les personnages de Martha, femme passionnée et dédaigneuse et George, professeur d'histoire (gendre du doyen de l'université) cynique et désabusé. Le couple traverse tant bien que mal les orages à coup de joutes verbales, de violentes disputes et de moments de tendresse. Malgré tout, on sent que ce couple peu banal trouve son équilibre dans ces conflits cathartiques. Ce duo qui se déchire et se retrouve, servis par des acteurs au sommet de leur art n'est pas sans rappeler celui de Two for the Road (ou plus sobrement titré "Voyage à deux" dans sa traduction française, chef d'oeuvre hélas méconnu de Stanley Donen).

Si cette violence n'a que très peu d'incidence sur les fondements de la relation de Martha et George, tout change avec l'arrivée d'un jeune couple, rencontré plus tôt dans la soirée, plein d'avenir, de bonheur et de réussite. Peu à peu, un jeu se met en place sous les yeux du spectateur impuissant : George, de son humour corrosif tente de déstabiliser ce jeune premier insolent de réussite. Martha quand à elle, abuse de la fragilité de la compagne de ce dernier en tentant de le séduire. Elle répond à l'exaspération de son mari face à un tel comportement avec une agressivité peu commune. On sent Martha et George familier de ce cérémonial, ce qui renforce son caractère pervers. D'ailleurs, l'incompréhension domine lors de la mention par Martha d'un mystérieux fils qui semble mettre George hors de lui. Après quelques minutes, tout le monde est mal à l'aise, l'alcool coule à flot, et Mike Nichols joue avec nos nerfs avec une mise en scène intelligente et vive, tout cela dans le cadre paisible d'un foyer sublimé par la disposition optimale des caméras.

Disons le, ce film est prenant, pas une seconde de répit pour le spectateur, entre émerveillement face aux dialogues percutants, aux répliques qui fusent et à l'humour noir. Le plus incroyable reste tout de même cette folie, cette rage, cette violence qui ne cesse de croître, minute par minute. La situation, après une demi-heure est si tendue que le fragile spectateur baisse sa garde lors d'une lutte contre son malaise. Impossible de faire autrement, il faut se prendre au jeu. Jeu pervers où chacun veut avoir le dernier mot, prendre l'avantage et défendre sa personne. Tous les coups sont permis, un seul mot d'ordre, boire et faire boire. Tout cela jusqu'à l'altercation physique. Soudain, une pause, George et Nick (son jeune collègue) sortent dans le jardin après le malaise de Honey (la compagne de Nick). Se déroule alors une scène à la beauté irréelle, une acalmie bienvenue. Les deux hommes se confient, révèlent de sombres secrets, rient,... Mais, tout cela est trop beau pour durer et le jeu reprend le dessus. Enfin, le jeu dérape totalement, Martha et George semblent en avoir perdu le contrôle. Quand à Nick et Honey, leur alcoolémie aidant, ils ont pris part au jeu, sous estimant la cruauté dont peuvent faire preuve leurs hôtes.

Nichols nous offre l'une des plus pessimiste vision de l'homme que peut proposer le cinéma hollywoodien. Le cinéaste casse les codes de l'idéal de vie américain avec ardeur. L'alcool, s'il est présent tout au long du film n'est que révélateur de ces vices, il est volontairement et abondamment absorbé par les protagonistes dans le but d'oublier leurs échecs, leurs névroses. Même si l'effet escompté a bien lieu, il dévoile les aspects les plus sombres et les plus profondément enfouis de la condition humaine. Vous ne croirez jamais plus les publicités clamant que "sans alcool la fête est plus folle ". Néanmoins, le jour finis par se lever, mettant fin au carnage, éclairant un traumatisme profond, élément déclencheur d'une telle haine chez un couple qui a pourtant le bonheur à sa portée. L'occasion d'assister à l'une des plus belle et bouleversante fin qu'il m'eût été donné de voir. Une lumière sombre venant éclairer une nuit blanche.

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Qui a peur de Virginia Woolf ? est une œuvre produite par Warner Bros©, découvrez la Room 237 de SensCritique.

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