La bombe Marie

Avis sur Radioactive

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Dans une ambiance et des décors austères, gris, sombres, Marie Curie née Maria Sklodowska, nous amène, au travers de la caméra de Marjane Satrapi et de la musique, excellente, des frères Evgueni et Sacha Galperine, dans les couloirs, les méandres de ce que fut sa vie régie par une foi inébranlable dans ce qu’elle accomplissait. Dans le corridor de la mort défile dans sa tête les évènements qui firent son existence.
Marie Curie, jouée par Rosamund Pike, est opiniâtre, têtue voire bornée, elle est rigide, crispée, accrochée à ses certitudes. Dans un monde misogyne où les hommes commandent et les femmes obéissent, de part ses travaux et sa personnalité elle est radioactive, hautement radioactive. C’est un être sulfureux qui fera tout pour exploser les convenances et les codes d’une société sclérosée. C’est une tête dure, obstinée, arrogante mais elle assume tout cela et rien ni personne ne peut l’arrêter dans sa quête du savoir. Seule la mort, les radiations en l’occurrence, aura raison d’elle. Et encore faudra-t-il figer son corps momifié dans du plomb pour ne pas contaminer le Panthéon où elle repose aux côtés de son mari, Pierre Curie, dans le caveau VIII.

Au début du film Marie, les cheveux grisonnants, 67 ans, tombe à terre inanimée. Elle est transportée sur un brancard. Son histoire déroule alors sur la toile. Petite enfant polonaise, elle est née en 1867 à Varsovie, elle assiste sa mère mourante dans un hôpital d’où sa phobie future pour ce lieu de détresse. Au cours d’une soirée elle rencontre Pierre Curie, joué par Sam Riley, qui deviendra son époux. Marie et Pierre Curie installent leur laboratoire dans un local désaffecté, insalubre. Ils travaillent sur la propriété magnétique des métaux. Munie d’une masse elle pile elle-même des tonnes et des tonnes d’un minerai, la pechblende, afin d’obtenir de l’uranium pour leurs travaux. C’est une tache harassante et pénible qui l’épuise. Elle tousse déjà beaucoup et crache du sang. Elle démontre avec l’aide de son mari que la radioactivité, le rayonnement produit par l’uranium, est une propriété physique et non chimique. La radioactivité de l’atome est naturelle, nous sommes nous-mêmes radioactifs. En 1903 Marie et Pierre Curie obtiennent le prix Nobel de physique. Seul Pierre Curie sera présent en Suède pour la remise du Nobel, les mentalités de l’époque ne peuvent pas concevoir qu’une femme ait pu faire une découverte aussi importante. Cet épisode l’affecte profondément mais au lieu de l’abattre cela ne la rend que plus forte. Toute sa vie elle aura du mal à imposer ses idées et ses découvertes mais Marie est tenace.
Loïe Fuller, célèbre danseuse de cette époque, leur offre une « danse de la science » à leur domicile. Elle fait tournoyer des voiles rouges et blancs dans une chorégraphie aérienne et pleine de grâce. Loïe Fuller deviendra leur amie. Le couple assiste également à des séances de spiritisme dont Pierre est féru. Au cours d’une de ces séances Beethoven est censé jouer du piano devant l’auditoire conquis. Marie ne croit pas un instant à ces balivernes. Un soir Pierre est renversé et piétiné par une calèche tirée par des chevaux, il est tué sur le coup. Marie est effondrée. Ce qui ne l’empêche pas de tomber dans les bras de Paul Langevin, joué par Aneurin Barnard, physicien, philosophe des sciences connu, entre autre, pour sa théorie du magnétisme. Le problème c’est que Langevin est marié. Un scandale éclate et Marie Curie est conspuée, huée jusque sous sa fenêtre. « Racaille retourne en Pologne » « sale pute » et autres joyeusetés crie la foule déchaînée menée par les nationalistes, les xénophobes et autres puritains culs-bénis..
En 1911 elle obtient le prix Nobel de chimie. Elle fut la première femme à obtenir un prix Nobel et à ce jour elle reste la seule à en avoir obtenu deux. Lors de la remise du prix les femmes suédoises sont venues en nombre pour l’applaudir, les hommes, d’abord réticents, sont obligés de suivre. Lors du premier conflit mondial de 14/18 elle est sur le front avec sa fille Irène Joliot-Curie, pour aider à soigner les blessés de guerre évitant ainsi de nombreuses amputations grâce à leur ambulance de la Croix-Rouge transportant une radiographie.
Dans son délire de fin de vie elle semble appréhender l’usage que l’humain fera de sa découverte : 6 août 1945, bombe atomique sur Hiroshima 95 000 à 166 000 morts, 1957 des soins "barbares" sur un enfant atteint de cancer à Cleveland, le tout début de ce qu'on appelle encore aujourd'hui la Curiethérapie, 1957 toujours, série d'essais nucléaires dans le Nevada, 1986 accident nucléaire de Tchernobyl pas besoin de vous faire un dessin. Marie Curie s’en va dans des hallucinations psychédéliques d’atomes désintégrés, de lumière, de couleurs orange, mauve, jaune, bleue, rouge, un super trip d’acide atomique !

A part ces quelques images lumineuses le film se déroule dans une ambiance austère, terne presque lugubre. Pas de surprise Satrapi filme comme par obligation, rien de transcendant. Ça fait bizarre d’entendre des Français parler en Anglais. Peut-être aurais je dû regarder la version française ? Les acteurs rendent une copie honnête sans plus. Comme on dit, elles et ils ne sont pas habités par leur rôle. Les images sont flippantes et je ne parle pas que des effets de l’uranium. Très peu de couleur si ce n’est pour « la danse de la science » et les délires de Marie sur sa civière. Le film est une adaptation du roman graphique de Lauren Redniss "A Tale of Love and Fallout" le film lui ne restera pas dans les mémoires. Il est froid, comme la science ? Il ne déborde pas d’imagination. Certes c'est un biopic mais, quand même, ce n'est pas non plus un documentaire ! En tout cas il a le mérite de parler, de faire connaître une femme formidable qui a su aller à l’encontre des préjugés et des idées reçues sur la Femme. Pour cela et sa musique ça vaut la peine de le visionner. Un demi-bravo donc...

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