“Tous les espoirs sont permis à l'homme, même celui de disparaître.” - Jean Rostand

Avis sur Realive

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Disparaître. Un peur commune, entêtante, hantant une humanité en quête d’éternité.

Certains décident de croire en un au-delà qui leur permettrait de continuer d’exister. D’autres décident de miser sur la science.

Ne pas disparaître est le choix qu’a fait Marc en ayant recours à la science par le moyen de la cryogénisation. Pourquoi ? Pour revenir à la vie, mais à quel prix ?

Différents points de vue, assez intéressants pour la plupart, nous sont exposés à travers les différents rôles, mon seul regret étant que le point de vue «scientifique» soit un tantinet diabolisé. La présentation de la compagnie médicale et des chercheurs correspond à l’image que la société a actuellement des entreprises pharmaceutiques dans leur globalité : appât du gain, tapage médiatique et marketing à outrance, capitalisation de la détresse humaine à des fins commerciales... et autres joyeusetés. Une image négative appuyée dans le film, notamment lors du gala où Marc rencontre enfin les investisseurs mais aussi et surtout par la scène finale qui est complètement irrespectueuse de la volonté du patient.

J’ai envie de croire qu’il existe une seconde lecture et qu’on n’est pas supposés partager le dégoût du « cobaye » lorsqu’il découvre les dessous de la recherche et qu’il juge son médecin comme étant un « monstre ». La recherche et le développement sont très coûteux, il ne suffit pas d’avoir de l’ambition et du génie pour guérir des maladies orphelines ou ressusciter des morts, il faut suivre des étapes, des procédures, des études sur l’animal ensuite sur l’humain, mais surtout passer par des échecs. Les « échecs » étaient présentés de manière à « choquer » ; et même si le dialogue où le chercheur se justifie était bien écrit, la réaction de Marc m’a laissée un peu perplexe dans la mesure où j’avais l’impression qu’on cherchait à m’influencer car j’avais forcément plus d’empathie pour lui que pour le reste du casting. Il ne faut pas oublier que la recherche répond à un besoin, une demande. C’est la « demande » de Marc et de tous les autres à être cryogénisés à des fins de résurrection qui a déclenché le processus.

Qui est responsable ? Lui ? La compagnie médicale ? Non, l’humanité. La peur de la mort. Cette peur est délicatement racontée dans les flashbacks. La vie de Marc avait été quelconque, des hauts et des bas, des joies et des larmes, mais surtout une recherche de soi en laquelle il est facile de s’identifier. L’histoire de Marc et Naomi créait un lien entre l’amour et la mort. L’amour donnant un sens à la vie, une raison de se battre mais pas assez pour Marc. Parce qu’il n’aimait pas Naomi assez ? Peut-être, peut-être pas. Marc avait choisi de prendre le contrôle de sa vie tant qu’il le pouvait encore, et qu’est-ce l’amour sinon perdre le contrôle ? Une confrontation sans relâche, entre passion et raison, a rythmé toute leur relation, une relation qui n’a jamais trouvé son bon timing. La romance n’a pas réussi à m’émouvoir aux larmes (je suis une cible facile pourtant), en revanche, elle m’a pas mal fait réfléchir sur l’intérêt de s’acharner dans une relation où les incompatibilités prennent le dessus sur les sentiments. Faut-il sortir de là au risque de passer à côté de la « bonne personne » ou continuer d’essayer et de souffrir encore et encore ? L’amour peut-il triompher même si cette alchimie indéniable opère entre deux personnes ne cherchant pas les mêmes choses au même moment ? Attendre, espérer, renoncer, souffrir... Marc vivait avec le poids de ses regrets, il les a emportés dans sa tombe et même dans son « au-delà ». Ces questions restent sans réponses, posées là, comme une interrogation du scénariste lui-même. Marc fait des choix, pas forcément les meilleurs, mais toujours avec honnêteté et un zest d’égoïsme. Il n’est ni bon ni mauvais, juste quelqu’un qui fait des choix dont les conséquences le dépassent.

Pour le reste, nous avons un fouillis de tout ce qui se trouve actuellement dans les fictions SF, notamment le casque enregistrant la mémoire (Black Mirror, hello !), la détermination des traits avant la naissance (scandale contemporain), bâtiments froids et blancs immaculés... et autres éléments de l’univers manquant d’originalité mais pas forcément déplaisants pour autant.

On retient de Marc ses souvenirs plus que son présent. Il s’accroche aux regrets de sa vie passée et de sa romance tumultueuse pour savoir « qui il est », comprenant à postériori qu’il avait accepté sa mort. Que contrôler le moment de sa mort lui permettait de remporter une victoire éphémère sur le hasard de la vie.

A la fin du long-métrage, on peut se demander si on a réellement peur de mourir, n’a-t-on pas plutôt peur de vivre ? Peur de cette vie imparfaite, fragile, insensée. La science est un outil qui, comme l’argent, peut s’avérer être un bon serviteur mais un mauvais maître. L’histoire de Marc nous réconcilie avec notre fragilité et notre inéluctable disparition mais renforce la peur des progrès scientifiques. Ce qui est assez... dommage. Fallait-il réellement imaginer le « pire » pour arriver à la même conclusion ? J’aurai certainement préféré que l’écart de culture soit moins important entre notre époque et celle où l’humanité a enfin réussi le « miracle » de la résurrection. Tout était fait pour que Marc soit perdu, seul, au point que ça manquait de subtilité. L’absence de Naomi et des repères de sa vie passée auraient largement suffi pour marquer sa solitude. Et au risque de me répéter, la scène de fin était selon moi gratuite et dispensable.

Somme toute, Realive est une fiction qui suscite différentes émotions mais surtout d’intéressantes réflexions. Et même si Mateo Gil a eu l’intelligence de ne pas proposer de réponses, certains choix d’écriture manquaient de nuances et de recul.

Puisse cette modeste (si elle sonne prétentieuse, c’est forcément l’influence du film ~) critique exprimer ma gratitude envers SensCritique qui m’ont permis de découvrir en avant-première cette petite perle au PIFFF (festival du film fantastique de Paris 2016). Si vous êtes mordu SF, que vous êtes en manque de réflexions existentielles prétentieuses, que l’amour vous rend chèvre ou que vous êtes juste touche-à-tout, n’hésitez pas à aller regarder ce film dès sa sortie !

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