Romantisme et suspense

Avis sur Rebecca

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La rencontre de Daphné du Maurier, spécialiste des grandes histoires romantiques et d'aventures de l'Angleterre du 19ème siècle, et du maître du suspense Alfred Hitchcock peut sembler surprenante.
De fait, la première adaptation réalisée en 1939 par le Réalisateur, L'auberge de la Jamaïque, sera très peu convaincante, trahissant à la fois les personnages - sauf l'héroïne Mary et son Oncle - ainsi que le fond de l'histoire; elle ne convaincra d'ailleurs ni son auteur ni le public.

Un an plus tard, le Maître s'attaque à un autre grand roman, Rebecca, dont il fera un chef d'oeuvre cinématographique, suivi vingt deux ans plus tard par une autre belle réussite, les oiseaux, d'après une nouvelle de Daphné du Maurier.

Rebecca raconte l'histoire d'une timide jeune fille, demoiselle de compagnie d'une vieille dame peu sympathique, qui rencontre à Monte Carlo un bel anglais mystérieux, Max de Winter. Leur histoire d'amour débute rapidement et elle se retrouve éblouie, mariée et nouvelle châtelaine d'un immense manoir en Angleterre, Manderley.

Milton Hall, grande demeure historique - 16ème siècle- de la région de Cambridge a inspiré Daphné du Maurier qui y a séjourné petite fille. Elle déclarera par la suite avoir été si impressionnée par le grandiose de ce manoir, que ses souvenirs de chacune des pièces sont restés dans sa mémoire. Elle s'en est ainsi servie pour décrire Manderley.
Le film ayant été tourné exclusivement en Californie, l'extérieur que l'on aperçoit en début et en fin de film est un décor miniature, inspiré à la fois de la physionomie de Milton hall, par sa suite de façades et ses nombreuses cheminées ainsi que par son style Tudor, et par divers manoirs anglais que l'équipe du film est partie explorer et photographier.

Le film joue à merveille de l'atmosphère gothique et fantomatique qui baigne Manderley et ses abords. L'arrivée se fait à la tombée du jour par une pluie battante et la jeune épouse arrive trempée et échevelée dans la gigantesque demeure qui semble totalement l'écraser. Son geste de recul et son air de bête traquée en se trouvant devant l'impressionnante assemblée des domestiques, dominée par la glaciale gouvernante, résume bien toute l'angoisse de la jeune femme soudain immergée dans un monde nouveau dans lequel elle a un rôle à tenir.

Hitchcock joue tout au long du film de cette atmosphère mystérieuse et inquiétante pour la jeune épouse, usant notamment de jeux d'ombres et de lumière sur les visages, pur et lumineux de Mrs de Winter, sombre et inquiétant de Mrs Danvers, la gouvernante.
La jeune héroïne est écrasée par la grande demeure dans laquelle elle se sentira une étrangère. Détail significatif, elle garde avec elle son sac à main comme si elle était en visite et semble toujours être une intruse lorsqu'elle rentre dans une pièce.

L'amour de la jeune épouse pour son mari est total, romantique, il est le prince charmant qui va la faire se métamorphoser en châtelaine; l'amour de Max est sincère mais retenu et tranquille.
Celui ressenti pour Rebecca est la question qui angoisse sa jeune épouse et intrigue le spectateur.

Par le côté romantique de l'oeuvre de Daphné du Maurier, le film tranche donc dans la carrière d'Alfred Hitchcock, bien que celui-ci ait fortement accentué le côté mystère de l'histoire.
Indices infimes, silences ou colères de Max, air gêné des familiers du lieu et allusions perfides, font naître peu à peu des questions sur l'identité de Rebecca et sur son histoire.

Le roman offre de nombreux points communs avec Jane Eyre, de Charlotte Brontë. On y retrouve la timide jeune fille (gouvernante et non pas dame de compagnie) épousant un veuf séduisant et ténébreux, la grande demeure sombre et inquiétante, le secret caché de la disparition de la première épouse du châtelain, le grand incendie final....

La toute jeune Joan Fontaine - à 23 ans - incarne la timide Mrs de Winter, comme elle incarnera Jane Eyre quatre ans plus tard, face à un ténébreux Orson Welles.
Max est interprété par Laurence Olivier, séduisant veuf qui va aussitôt conquérir le coeur de la romanesque jeune fille, d'autant plus que leur rencontre se passe au bord d'un ravin qui semble mystérieusement attirer Max, comme s'il envisageait de s'y jeter, jusqu'à ce que la future Mrs de Winter ne l'en écarte. Elle montre ce faisant une force de caractère étonnante qui réapparaîtra lorsque Max sera soupçonné de meurtre.

Mais le personnage le plus marquant de l'histoire reste bien la redoutable et rebutante Mrs Danvers, la gouvernante guidée par son amour obsessionnel pour Rebecca, qui la conduit à essayer de détruire sa nouvelle maîtresse et le mariage de celle-ci avec Mr de Winter.
Judith Anderson, grande comédienne au théâtre, trouve là son premier rôle au cinéma. Elle continuera ses rôles de femme perfide dans Les 10 commandements, Salomé ou Macbeth, entre autres.
Enfin, complétant ce beau trio d'acteurs, le toujours beau et élégant George Sanders interprète le type de rôle dans lequel on l'adore, celui du cynique Jack Favell, cousin de Rebecca.

Si le film ne semble pas, à première vue, une des oeuvres les plus représentatives d'Hitchcock, on y trouve nombre de thèmes qu'il développera par la suite : le faux coupable, les soupçons, le suspense, la rencontre romanesque des deux héros...
Un des meilleurs films du Maître !

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