Rebecca, ou le "complexe de la seconde"

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Dans cette adaptation du célèbre roman du même nom, Hitchcock arrive très justement à retranscrire toute la finesse d'écriture de Daphné du Maurier.

Tout débute comme dans un conte de fée: Jane Fonda incarne une jeune demoiselle de compagnie modeste, spontanée et candide. Lors d'un séjour à Monte-Carlo, elle s'éprend du mystérieux Maximilien de Winter, veuf depuis peu. Leur amour se tisse rapidement et elle accepte de devenir sa femme, un peu de but en blanc. Malgré les premières mises en garde, elle cède à cet amour éperdu qui la propulse tout en haut de l'échelle sociale. Ensemble, ils rentrent alors au manoir de Manderley.

A leur arrivée, on perçoit rapidement tout l'enjeu de l’œuvre: c'est Rebecca. Personnage éponyme et pourtant absent, il s'agit de la première femme, décédée, de M. Winter - maîtresse incontestée des lieux.

Presque imperceptible au départ, la présence de Rebecca se fait insistante, obsédante et quasi-permanente. A Manderley, c'est elle qui domine. Dans les témoignages du personnel de maison, dans la chambre restée inchangée, dans les meubles et les recoins - on la devine partout. Pour la nouvelle Mme Winter, c'est une chute infernale. Comment lutter contre un souvenir contre lequel on est persuadé de ne pas faire le poids? Avec beaucoup de justesse, le "maître du suspense" arrive à nous faire vivre son "complexe de la seconde femme", jamais à la hauteur de ce fantôme qui la hante.

Fantastique et réalisme se mêlent, sous la caméra d’Hitchcock qui s'en donne à coeur joie. Le tout est sublimé par le noir et blanc, une photographie impeccable, une musique qu'on reconnait tout de suite comme sa marque de fabrique. Dans ces tableaux inquiétants aux figures fantasmagoriques à peine esquissées, on retrouve un peu de ce qui inspirera d’autres réalisateurs après lui (on pense à Alain Resnais, L’année dernière à Marienbad).
On note surtout la grandiose prestation de Judith Anderson, gouvernante sévère et obsédée (presque amoureuse ?) par Rebecca.

Il faut attendre le dernier tiers du film pour que s'enchaînent les révélations à répétition: la justice s'empare de l'affaire pour faire toute la vérité sur la mort de Rebecca. Si cette partie de l’œuvre peut s'avérer un peu longue (le film dure plus de deux heures) elle permet toutefois d'opérer un basculement intéressant, du surnaturel vers le thriller.

Rebecca, c'est le fatum cruel de personnages hantés par leurs souvenirs, leurs insécurités ou leurs démons personnels. Au dessus d'eux, le passé plane sans qu'on réussisse jamais à mettre le doigt sur ce qui le rend si inquiétant. Entre suspense et surnaturel, on comprend pourquoi l’œuvre a plu à Hitchcock - qui en a fait, non sans peine, son premier long-métrage américain. Le film a d'ailleurs été unanimement consacré, lui valant l'Oscar du meilleur réalisateur.

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