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Rocco et ses frères par Al_

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"Rocco et ses frères" dresse la chronique d’une Italie à la croisée des chemins à travers le destin d’une famille qui quitte sa terre ingrate de Basilicate pour tenter sa chance dans la riche et froide Milan. C’est toujours l’après-guerre mais la reconstruction est cours, l’industrie est relancée. Le sort des couches populaires reste néanmoins difficile, il n’y a pas de travail pour tout le monde. C’est dans ce cadre que la famille Parondi, la Mamma et ses cinq fils, tente sa chance au nord loin des oliviers.

Le néoréalisme touche à sa fin mais Visconti en conserve le regard documentaire dans ses décors d’immeubles froids et miteux, dans ses personnages ancrés dans un quotidien précaire et à l’avenir incertain.
Le film est construit autour de feux figures centrales Simone (Renato Salvatori) et Rocco (Alain Delon) : deux faces d’une même pièce. Deux frères, deux hommes que tout oppose mais dont le parcours est pourtant similaire avec la boxe comme viatique pour s’en sortir et une femme dont ils tomberont chacun amoureux, Nadia (Annie Girardot) la prostituée aux ailes brulées. Les trois comédiens sont fabuleux, ils sont d’un naturel incroyable, leur jeu est libre et intense et doit sans doute au renouveau apporté par la Nouvelle Vague française.
Là où Simone se révèle être une brute, un ivrogne qui aime la vie facile et les plaisirs, Rocco se montre bon et moral. Mais pour l’un comme pour l’autre, leur destin sera une descente aux enfers morale qui entrainera l’éclatement de la famille.
Nadia se révèle en fil rouge, poison des Parondi tout autant que victime d’une époque dure qui lui laissait peu d’armes pour s’en sortir. On n’échappe pas par instant au mélodrame mais Visconti nous entraîne dans une mise en scène enlevée, montée au scalpel et qui n’épargne personne. La chronique devient progressivement tragédie dans un final brutal et désespéré.

Un grand film qui donne ses premiers grands rôles à Delon et Girardot tout en se payant le luxe d’avoir en rôles secondaires aussi bien Suzy Delair que Claudia Cardinale, sans oublier Nino Rota à la baguette. Un indispensable du cinéma italien et de Luchino Visconti.

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