The Ballad of Bob Dylan

Avis sur Rolling Thunder Revue

Avatar BigMacGuffin
Critique publiée par le

Alors comme ça Martin Scorsese sort un film et personne n'en parle ? Si vous pensez qu'il s'agit d'un simple documentaire sur Bob Dylan, vous vous trompez lourdement.

Pour bien comprendre comment Marty en est arrivé là, il faut faire un point sur la carrière cinématographique de Bob Dylan (je passe sur son rôle en 1973 dans Pat Garrett and Billy the Kid de Sam Peckinpah pour lequel il a également composé la musique).

Don't Look Back (1967, réalisé par D.A. Pennebaker)

Le premier documentaire sur Bob Dylan est une captation de sa tournée anglaise de 1965 par D.A. Pennebaker, celui-là même qui huit ans plus tard filmera le dernier concert de Ziggy Stardust, l'alter-ego de David Bowie. Les images de concert sont entrecoupées par des moments en dehors de la scène. On y voit bien sûr aux côtés de Dylan, la chanteuse (et sa compagne au début du film) Joan Baez et le poète Allen Ginsberg formant un trio inséparable mais également Donovan, Bob Neuwirth ou encore Marianne Faithfull (madame Mick Jagger). Le film commence avec ce qui servira de clip à la chanson Subterranean Homesick Blues, à savoir Dylan se mettant en scène avec des panneaux sur lesquels se trouvent des mots-clés et des jeux de mots. Dès lors, on comprend qu'il ne s'agira pas simplement d'un "reportage" sur Dylan mais bien d'un film où il en sera un personnage. Dylan y apparaît comme un jeune homme rebelle, arrogant (il n'hésite pas à interrompre une prestation d'Alan Price pour lui demander pourquoi il a quitté son groupe, The Animals) mais c'est aussi un artiste plein d'esprit et d'envie de changer le monde. Dylan remontera le film pour la télévision sous le nom de Eat The Document mais jugé incompréhensible, il ne sera jamais diffusé.

Renaldo & Clara (1978, réalisé par Bob Dylan lui-même)

L'idée du docu-fiction est poussé à son paroxysme dix ans plus tard par Dylan lui-même lors de l'une de ses plus célèbre tournée, Rolling Thunder Revue. On y retrouve bien sûr Baez et Ginsberg mais aussi Sara Dylan (sa nouvelle femme), Joni Mitchell, Arlo Guthrie (le fils de Woody) et des véritables acteurs, à savoir Sam Shepard (co-scénariste du film) et Harry Dean Stanton. Le couple Dylan y jouent les personnages fictifs du titre alors que Ronnie Hawkins et Ronee Blakley y jouent le couple Dylan... La réalité se mêle donc totalement à la fiction. Très inspiré par Les Enfants du Paradis de Marcel Carné, le film, il faut le dire, très expérimental et très long, sera très mal reçu mais je laisse l'équipe de Blow up en parler.

No Direction Home (2005, réalisé par Martin Scorsese)

Dylan était déjà apparu dans The Last Waltz en 1978, documentaire de Martin Scorsese sur le dernier concert de The Band (le groupe habituel de Dylan) mais avait été très strict sur ce qui pouvait être montré ou non pour ne pas faire de concurrence avec son propre film. Le promoteur du concert, Bill Graham avait poussé le Marty, poudre dans le nez, à ne pas se laisser faire par la star. Visiblement cet événement n'a rien enlevé de l'admiration de Scorsese pour son chanteur préféré (avec Mick Jagger j'imagine) car des années plus tard, il acceptera à partir d'images d'archives et d'interviews menées par d'autres personnes de monter un documentaire sur les débuts de Dylan jusqu'à son arrêt des tournées en 1966 suite à un accident de moto. Le film traite notamment de son tournant plus rock qui a laissé certains fans sur le côté. No Direction Home est considéré comme l'un des meilleur documentaire musical de l'histoire et c'est vrai qu'il est assez passionnant mais Marty en gardait sous le coude...

Rolling Thunder Revue (2019, réalisé par Martin Scorsese)

Voilà Scorsese s'intéressant de nouveau à Dylan et plus précisément à sa tournée Rolling Thunder Revue de 1975. En plus des images d'archives des concerts, Scorsese dispose de tous les rushs tournés par Dylan lui-même pour Renaldo & Clara, ce à quoi il ajoute la première interview de Dylan depuis dix ans, plus d'autres de Joan Baez, de Ronnie Hawkins, du regretté Sam Shepard ou encore une interview pipeau de Sharon Stone. Car oui tout ce qui est dit dans ce documentaire n'est pas forcément vrai ! Scorsese s'est amusé à mélanger la réalité aux mythes entourant Dylan.

Le film commence avec des images d'un numéro de George Méliès, rappelant le thème de la tournée mais nous indiquant déjà que le film ne sera qu'une illusion. On voit ensuite Dylan dans le temps présent avouant n'avoir aucun souvenir de Rolling Thunder Revue car cela date d'il y a si longtemps qu'il était même pas né... Tout le monde l'a oublié mais Scorsese ne va pas se contenter de ramener des images d'archives, il va raviver l'esprit de l'époque. Dylan sera à nouveau un grand personnage d'histoires incroyables !

« Si quelqu’un porte un masque, il dira la vérité ; s’il ne porte pas
de masque, c’est très improbable. » Bob Dylan

C'est un plaisir d'admirer une jeune Patti Smith totalement en transe lors d'une de ses prestations ou la grâce de la violoniste Scarlet Rivera ou encore d'écouter Ginsberg parler de poésie devant la tombe de Jack Kerouac. Scorsese a même eu le droit à une interview de Rubin « Hurricane » Carter, ce boxeur (interprété par Denzel Washington dans Hurricane Carter) qui a été incarcéré par erreur et à qui Dylan a dédié sa chanson Hurricane. Ce-dernier raconte alors comment cette chanson lui a permis d'avoir un second procès et d'être libéré. Où est la part du vrai et la part du mythe dans cette anecdote ? C'est la question que l'on se pose tout le long du film. Dylan n'est plus un homme, il est un mythe, une légende. Il n'y a donc aucun mal à embellir ces histoires, plus personne ne sait si elles sont vraies ou fausses, ça n'a aucune importance, ce qui compte c'est ce qu'elles représentent : l'esprit de Dylan, l'esprit de ses protest-songs, l'esprit d'une époque disparue.

C'est donc comme Todd Haynes avec son I'm Not There, par la fiction que Scorsese touchera du doigt ce qu'est réellement Bob Dylan. Le sous-titre est bien a Bob Dylan Story by Martin Scorsese et non the History of Bob Dylan by Martin Scorsese. Donc non, ce n'est pas juste un documentaire, c'est bel et bien une oeuvre complète et originale, un beau film expérimental, profond comme Dylan l'avait rêvé.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 473 fois
6 apprécient

BigMacGuffin a ajouté ce documentaire à 1 liste Rolling Thunder Revue

Autres actions de BigMacGuffin Rolling Thunder Revue