Attention, cette critique contient des messages subliminaux sur des biscuits au chocolat

Avis sur Room 237

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Quatre heures du mat’, trois packs de bière viennent d’y passer et là t’as le couillon de la bande qui lance un débat sur La Métamorphose de Kafka… bon… pas impossible qu’on se laisse aller à surinterpréter l’œuvre du bon vieux Franz entre deux rasades alcoolisées, c’est de bonne guerre. En revanche, ce qui l’est moins, c’est la surinterprétation systématique de certains. Sobres et en plein après-midi, ils sont capables de te sortir l’équerre, le compas et la calculatrice pour t’interpréter à leur sauce un peu tout et n’importe quoi. De Predator à Sucker Punch en passant par Bernard et Bianca. Trois associations d’idées saugrenues, deux bouts de ficelle, un zeste de mauvaise foi, le tout appuyé par les théorèmes de Pythagore et Thalès et ils te pondent un beau petit raisonnement aussi objectif qu’un journal télévisé nord-coréen. On est d’accord, c’est légèrement agaçant surtout quand le sermon est parsemé de « mais non, t’as pas compris. Attends, bouge pas, je vais t’expliquer. »
Room 237, c’est exactement ça. Deux heures de surinterprétation à la con par des professionnels de l’élucubration à la con. Comme ce type qui tente de démontrer qu’une rame de papier en second plan représente un sexe en érection. La symbolique de ce message caché ? Fastoche ! Représentation d’une entité démoniaque en quête d’un contact sexuel avec l’être humain pour mieux le dévorer… ouais, bon, plus de drogue pour ce mec ! Et encore moins pour l’autre ahuri qui voit la tronche de Kubrick partout !

Bref, après m’être copieusement arraché les cheveux pendant le premier quart d’heure, un Kit-Kat et une pause s’imposent. Je me calme, je respire. Un Mars plus tard et j’repars. Puisque Room 237 au premier degré est juste risible, je décide de prendre le problème à l’envers et là… je le jure sur le sombrero de Pepito, le film devient génial. Génial puisqu’il n’est plus tellement question de Shining mais du rapport entre une œuvre et son public. Room 237 prouve à quel point un film peut être déformé, remodelé, interprété par le spectateur. Mieux, à quel point le spectateur peut projeter ses obsessions, ses problématiques, ses angoisses dans une œuvre jusqu’à en livrer une version totalement démente. La surinterprétation est donc grotesque, évidemment, mais avec un peu de recul, elle devient fascinante. N’oublions pas que ces commentateurs, acharnés du cortex et agités du bocal, sont avant tout des passionnés. Passionnés jusqu’à l’écœurement, jusqu’à l’extrême limite. Ne faut-il pas flirter avec la folie pour se frapper trente fois Shining en quête d’un message subliminal ? Détailler les boites de conserve sur chaque image ? Voir la gueule de Kubrick se dessiner dans les nuages ? Visionner le film au ralenti à l’affût du moindre objet ressemblant de près ou de loin à un organe sexuel ? Vous l’imaginez ce pauvre type passer des nuits entières à la recherche d’un zizi en arrière-plan pour étayer sa thèse débile ? Ouais, moi je l’imagine et je trouve ça plutôt terrifiant. Voilà Room 237, une belle critique de la critique.

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