Sciuscià
7.6
Sciuscià

Film de Vittorio De Sica (1946)

Annonciateur du voleur de bicyclettes, Sciuscià peut souffrir de la comparaison avec cet énorme classique dans lequel s'exprime pleinement le talent de De Sica. En effet, Sciuscià, qui lui est antérieur, montre un cinéaste ne maîtrisant pas encore toutes les ficelles du métier mais qui séduit déjà.


La première partie, qui ne devrait être qu'une simple présentation, prend trop de place, est trop longue et redondante occupant un tiers du film ou presque. C'est non seulement le montage qui est remis en cause mais aussi l'écriture, la recherche d'un équilibre et d'un rythme adéquat.
Par ailleurs, sa manière de filmer la rue, les personnages, les installations pourtant géométriquement intéressantes trahit un art de l'image encore très primaire, les fragilités d'un cinéaste maladroit avec sa caméra qui aurait eu besoin d'un meilleur directeur de la photographie.


C'est une fois dans la prison d'enfants que le film prend vraiment de l'altitude et laisse éclater les qualités du cinéaste. Poux et autres insectes de matelas, absence de soins basiques, soupe infecte, coups de ceinture, manipulation émotionnelle, bagarres, racket, etc... forment le quotidien de ce qui, même à des adultes, ne devrait jamais être réservé. Tout ça sous le regard indifférent d'une justice inepte, condamnant les innocents sans le moindre scrupule, et l'impuissance d'une famille débordée par les événements. Et c'est parmi cette jungle humaine que les pauvres se mangent entre eux pour survivre, s'accusant mutuellement de faits desquels ils sont innocents. Réalité crue, sans pitié, mais fidèle au vécu d'une population démunie, ne mangeant pas à sa faim, vivant dans une promiscuité étouffante, dépourvue des soins d'hygiène essentiels.


Seul le cheval (comme la bicyclette volée dans le long-métrage suivant) permettrait à ces enfants de fuir leur condition, comme dans cette très belle et très touchante scène où les deux frères de lait pavoisent dans les rues crottées sur leur magnifique cheval blanc sous le regard envieux et admirateur en contre-plongée de leurs pairs, se retrouvant soudainement anoblis grâce à cet animal qui les élève physiquement et socialement. Hélas, ce même cheval leur sera confisqué à la fin du film, tragique, pessimiste, anéantissant leur espoir sous le poids du déterminisme social.


Un film touchant posant les prémices d'œuvres majeures du cinéma.

Marlon_B
7
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le 6 avr. 2020

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