Nous ne sommes pas mauvais, nous venons du mauvais endroit.

Avis sur Shame

Avatar Ƭhomas Ƥérillon (LBDM)
Critique publiée par le

Contrairement à la critique et à de nombreux blogueurs, je n'avais pas été spécialement emballé par Hunger que je trouvais un peu trop froid et lent pour maintenir l'intérêt pendant plus d'une heure quarante. C'est donc avec un mélange d'appréhension et de curiosité que j'assiste à l'avant-première du dernier film de Steve McQueen (II), Shame, reparti de Venise avec des éloges et quelques récompenses.

La réputation était donc déjà très solide et la presse semblait quasi-unanime. Voilà une raison pour moi d'appréhender davantage, n'ayant été guère en accord avec les films plébiscités cette année. La « patte » de McQueen est reconnaissable dès les premiers instants. Mise en scène un peu figée, rythme lent, photo et couleurs assez froides et un Michael Fassbender filmé sous toutes les coutures. Rien de surprenant à ce niveau. Toutefois, ce qui avait – pour moi – été un gros handicap à son film précédent devient ici presque un atout.

On découvre progressivement la vacuité de l'existence de Brandon (Fassbender), qui semble seul et impassible dans l'immensité de New-York. Son luxueux et spacieux appartement manque de vie, de présence. Pour tuer l'ennui et probablement se sentir vivant, il accumule les coups d'un soir et les plaisirs onanistes, voit défiler les prostituées et stocke chez lui une quantité de pornos assez vertigineuse. Shame. Cet homme-là ne sait comment exister.

L'arrivée de sa soeur, devenue sdf depuis qu'elle s'est fait plaquée comme une mal-propre, va être l'évènement perturbateur et l'élément catalyseur d'une réalité qu'il renie de tout son corps. McQueen filme sans détour l'addiction de son personnage, campé par un Michael Fassbender ahurissant de justesse, secondé par une Carey Mulligan décidément dans tous les bons coups cinématographiques cette année. On sentira derrière l'impassibilité de Brandon une colère refoulée immense, une solitude déchirante et un rejet maladif d'une soeur paumée et auto-destructrice. Alors que cette dernière tentera désespérément de reconstruire leur lien fraternel et de s'aider en l'aidant, celui-ci ne se renfermera que davantage dans ses déviances compulsives.

Si cette exploration de l'isolement et de la dépendance souffre parfois de sa mise en scène trop statique, elle offre à Michael Fassbender un rôle extraordinaire dans lequel on sent le comédien terriblement investi corps et âme. Il est d'ailleurs fort probable qu'il figure parmi les nominés aux prochains Oscars au côté d'un certain Ryan Gosling, tant ces deux acteurs ont livré les performances les plus emblématiques cette année.

Introspectif et contemplatif, malsain et lancinant, Shame est le portrait intense et glaçant d'un homme seul face à ses blessures et ses vices, porté par un Michael Fassbender magistral.

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