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Avis sur Showgirls

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Un film qui en dit d’abord bien long (cmb) sur son public, qui s’attendait à une débauche de sexualité jamais exposée plutôt qu’à une mise en abîme anti-consumériste. Car moins voyeurs que réalistes, les plans longs et travellings se font cette fois plus pudiques, puisque le spectacle, avide de lumières criardes au travers d’une photographie de plus en plus affriolante, est surtout charnel.

Poursuivant en filigrane les thématiques de la corruption viriliste et surtout celle des jeux de pouvoir (qui domine qui ?) évoquées dans Basic Instinct, Eszterhas et Verhoeven s’attaquent dans ce drame érotique à la marchandisation des femmes.
Notons que la bisexualité féminine et la rivalité blonde/brune y sont encore illustrées, et qu’ici aussi les motifs d’espoirs disparaissent un à un (relations essentiellement utilitaires ou jetables, gentils plus durement sanctionnés) malgré l'habituelle ironie du sous-texte voire des dialogues, toujours populaires.

Parfois grossière — comme le rêve américain —, cette production cassant les codes dès l'introduction sera la satire de trop pour Hollywood, humilié par le déhanché fatal d’une Elizabeth Berkley dont le rêve, comme le personnage nunuche qu’elle campe, sera assassiné par la critique.
Trop précurseur, ce Starship Troopers du fion devient plus ou moins volontairement œuvre féministe sans l’être, inculpant notamment la culture porno sur une BO composée par la moitié d'Eurythmics.

Paradoxalement la critique du «« slut-shaming »» (notre prolétaire répète plusieurs fois « je ne suis pas une pute ») aboutira pourtant à l’injuste mort professionnelle de l’actrice principale.
Un cynisme trop réaliste, finalement. Verhoeven contre lui-même.

Mais pour flinguer le Capitalisme, ne fallait-il pas déjà s’y être aliéné ? D’ailleurs, de prostituée à danseuse nue de cabaret, l’émancipation par le cul de Nomi en est elle vraiment une ?

Les dernières scènes nous répondent avec bon sens que non, la beauté physique ne doit pas être une monnaie d’échange pour devenir un individu, mais le spectateur comme la protagoniste kitsch y laisse néanmoins des plumes...

...sans parler du viol, outil scénaristique justifié et outil de dénonciation politique du voyeurisme dégoutant auquel le spectateur croyait se livrer. Crûment puissant.

Même la courageuse Berkley ne s’en relèvera donc pas, sacrifiant sa carrière réelle comme pour incarner le message de son personnage virtuel. Véritable artiste à l'acting incompris.

Viva Las Vegas.

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