Splendeur et décadence italienne

Avis sur Silvio et les autres

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5 ans après la grande Bellezza, Paolo Sorrentino revient sur son terrain de jeu cinématographique préféré : filmer l'Italie dans toute sa splendeur. Et bien-sûr, qui de mieux que l'élégant Toni Servillo pour l'incarner. Silvio et les autres diffère des précédents films du réalisateur italien par son genre ; il se veut un portrait du sulfureux homme d'affaire et d'état Silvio Berlusconi, fondateur de son propre parti Forza Italia.

Le récit débute par l'introduction de Sergio, homme ambitieux et mondain, qui souhaite se rapprocher de Berlusconi afin de devenir député européen. Avide de femmes et de festivités, c'est en louant une villa dédiée à ces bacchanales et jouxtant la belle demeure de l'homme politique qu'il va finalement se rapprocher de lui. À mesure que l'on avance dans le film, on s'immisce progressivement dans la psyché de Silvio. Et Sorrentino de rendre cette introspection fascinante grâce à une habile mise en scène des passions de l'individu : homme à femme dont la galanterie n'égale que son désir de posséder toutes les belles créatures s'offrant à lui, animal politique dont l'influence le mène parfois à user de procédés frauduleux et génie orgueilleux, le tout formant un caractère bien trempé dont Servillo s'imprègne avec brio.

S'il y a un point sur lequel ce film peut se targuer de faire l'unanimité, c'est bien son esthétisme. On sent une fois de plus la maîtrise de la photographie de Sorrentino qui allie grandiosement lumière et prise de vue grand angle, le tout créant un sentiment de magnificence qui correspond parfaitement à l'esprit Italien dépeint ici. De même, les scènes de mondanités sont sublimées par les angles en plongés et s'apparentent à de vraies chorégraphies musicales tant les acteurs s'y meuvent avec aisance. Et comment ne pas encenser les transitions du virtuose italien - le moment où les poubelles se transforment en centaines de pilules de mdma couvrant le ciel comme des confettis rutilants afin de transiter sur une scène de fête est sans aucun doute une des meilleures transitions que j'ai pues visionner cette année.

Il est cependant dur de faire fi du rythme de ce film qui se veut parfois inégal. Alors que le premier tiers du film est essentiellement centré sur Sergio et ses hourvaris nocturnes - que Sorrentino réalise à merveille, le registre léger et festif lui allant peut-être mieux que la gravité - on a du mal à juxtaposer ça avec des frivoles scènes de ménages. À sa fin, le film semble tout de même patauger dans un pathos martelé. Car Silvio est les autres est au final un film triste. C'est une tristesse sournoise qui atteint son acmé dans le dialogue entre Berlusconi et la jeune brune dans la chambre qui à chaque utilisation du mot "pathétique" le blesse comme un éclat de verre en le mettant face à ses contradictions ; celles d'un homme qui se rattache à une jeunesse effacée en se tapissant dans une concupiscence effrénée.

Au final, c'est une œuvre cohérente et en accord avec soi-même que signe ici Sorrentino. On ne cessera de se délecter de ces paysages de Sardaigne et de cette élégance dont seuls les italiens savent faire usage. Il est toutefois important de souligner la liberté de ce biopic qui ne vise pas à être une biographie formelle de Berlusconi mais davantage une introduction au personnage - et qui doit de ce fait être tempérée à l'aune des réalités historiques.

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