Une histoire de deuil et de guérison

Avis sur Souvenirs de Marnie

Avatar Eileen Tchoucky Heigh
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Anna a douze ans, et elle étouffe dans sa vie, au propre comme au figuré. Au propre, parce qu’elle a de l’asthme. Au figuré parce qu’elle ne s’intègre pas vraiment dans sa classe, n’est pas assez liante au gout de ses camarades, ne manifeste pas suffisamment ses émotions… Au lieu de jouer, de s’agiter partout comme tous les enfants, elle passe son temps à dessiner. Ses croquis sont superbes, mais elle n’ose les montrer à personne. On la trouve bizarre. « Il y a un cercle magique autour du monde, dit-elle. Eux, ils sont à l’intérieur, et moi, je suis à l’extérieur ».

Anna a perdu ses parents très jeunes, puis sa grand-mère. Adoptée par une famille d’accueil, elle a le sentiment de n’être à sa place nulle part et n’arrive plus a faire face à ce sentiment qui l’écrase. Son mal-être aggravant son asthme, sa tutrice prends la décision de l’envoyer faire un séjour curatif au bord de la mer, chez des cousins simples et gentils, qui ne posent pas trop de questions, et la laissent libre de gambader dans les bois, son carnet de croquis à la main, autant qu’il faudra à la jeune fille pour se guérir physiquement et moralement.

Sur un rivage, Anna remarque une vieille maison abandonnée dont le charme la fascine immédiatement. Elle la prend pour modèle, et se met à la dessiner sous tous ses angles. Puis un jour, à la fenêtre de cette maison pourtant abandonnée, elle aperçoit une petite fille blonde d’une beauté fascinante. Une petite fille qui finit par venir à sa rencontre, lui parler, devenir son amie, tout en continuant à apparaître et disparaître mystérieusement, comme un rêve…

Aux romans d’horreur à la Mary Shelley, j’ai toujours préféré les contes fantastiques façon Théophile Gauthier. On croit qu’une histoire de fantôme, ça sert obligatoirement à faire peur. Du coup, souvent, on privilégie l’angoisse et l’horreur, en oubliant ce qu’il y a de romantique et d’esthétique dans le mythe du fantôme : un sentiment d’inaccompli qui pousse une âme à rester sur terre et à hanter les lieux où elle a vécu jusqu’à ce qu’un vivant l’aide à résoudre ce qu’elle a laissé inachevé. Le film ne laisse aucune ambigüité sur le fait que Marnie n’appartient pas réellement au monde réel. Les moments où elle apparaît sont toujours emprunts d’onirisme, sa gestuelle et son phrasé sont évanescents, et au cas où le spectateur aurait encore des doutes, on n’oublie pas de nous remontrer la maison vide en dehors des heures ou Marnie y apparaît. Comme on le fait souvent dans ce genre d’histoire, on laisse par contre une ambigüité sur le fait qu’Anna ait conscience, ou non, que la petite fille avec qui elle se lie est un fantôme. Une chose en tout cas est sûre, l’étrangeté ne l’effraie pas. Après tout, n’est-elle pas, elle-même, qualifiée par les autres enfants d’étrange ? Ce n’est donc, vraiment pas, une histoire de fantôme destinée à faire peur. A faire pleurer, sourire, rêver, mais pas à faire peur. Et c’est beau. C’est beau. C’est magnifique.

Ces dernières années, je suis souvent sorti déçue des longs métrages d’animation japonaise. Ils ont toujours une esthétique graphique superbe, mais il arrive fréquemment que le scénario me déçoive, soit qu’il manque d’intérêt, soit qu’il véhicule des idées que je désapprouve ou qui ne me parle pas, soit qu’il soit gâché par le fait que les personnages adopte une attitude antipathique ou stupide sans que ça apporte un intérêt à l’histoire. Aussi, c’est toujours un vrai bonheur de voir les superbes images de l’animation japonaise associé à une histoire qui me plaise. Cette fois, il s’agit de l’adaptation d’une œuvre de littérature jeunesse, que je n’ai pas lu, mais qui figurait sur la liste des 50 ouvrages de jeunesse recommandé par Myazaki. Parmi les ouvrages figurant sur cette liste, il y en a beaucoup que je n’aurais pas recommandé, mais celui-ci, je pense que je vais essayer de le lire. C’est un conte simple, mais profond, qui parle de solitude, de deuil, mais surtout de guérison, sur un décor de campagne ensoleillée au bord de la mer.

J’espère que malgré l’annonce faite que ce long métrage sera le dernier du studio Ghibli, il y en aura d’autre, car ce film m’a touchée bien plus que ne l’a fait « le vent se lève », et que si d’autres films de la même trempe sont fait par ce studio, je continuerai à aller les voir même s’ils ne sont pas signé Myasaki. Il semblerait qu’il ait été boudé au japon, et je ne le comprends pas. Ne le boudons pas en France. Allons le voir. Allons massivement le voir, et ce dés qu’il sortira en janvier. Il mérite vraiment plus d’amour qu’il n’en a eu.

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