Chronique d’un film excentrique mais...

Avis sur Spring Breakers

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... qui demeure trop timoré dans sa démarche et n'est définitivement pas à la hauteur de ses ambitions.

Quatre filles, un marteau et un pistolet à eau.

Elles débordent de pulsions et d’envies et comme disent les jeunes, elles sont trop “swag” avec leurs baskets fluos montantes, leurs fringues manufacturées aux imprimés tape-à-l’oeil et leur minishorts. Et manifestement prêtes à tout pour briser leur quotidien morne d’étudiantes de fac allant fort mal avec ce qu’elles revendiquent par ce look, c’est pourquoi pendant les cours, elles passent leur temps à faire des dessins obscènes hormis l’une d’entre elle qui prie pour son Salut, la seule qui ne participera pas à l’évènement déclencheur. Car en ce monde rien n’est gratuit et le seul et unique moyen de s’offrir une spring break en Floride s’avère être parfaitement immoral : il faut braquer le fast-food du coin. Allons-y avec ce qu’on a sous la main-un marteau, un pistolet à eau, trois passes-montagnes et le culot, ça marche. Les voilà en route pour un paradis artificiel.

Du rêve à la désillusion : paradis artificiel et chute.

Il y a quelque chose d’à la fois désopilant et touchant à voir Faith (Selena Gomez) narrer son séjour à sa mamie. A ses yeux, tout est beau et presque irréel, son discours est lyrique et en même temps nous assistons à la réalité qui ne se trouve être qu’un monde superficiel basé sur l’argent, la jeune fille raconte pourtant avec une innocence et un romantisme d’une grande naïveté rappelant presque Madame Bovary et ses fantasmes d’amour et de paradis terrestres. Avec sa croix chrétienne au cours du cou et l’éducation religieuse qu’elle a reçue, elle est l’unique personnage à être tiraillé par la morale manichéenne et la volonté de ne pas mal agir. Les trois autres étant déjà convaincues que la fin justifie les moyens. Lorsqu’elles sont rattrapées par les forces de l’ordre plus tard, Faith dit à plusieurs “ce n’était pas ça le rêve” comme si elle n’arrivait pas à croire à cette chute pourtant prévisible. Ainsi lorsqu’elle comprend qu’elle est prise dans une sphère d’immoralité, elle fuit le paradis, comprenant qu’il est en fait l’enfer déguisé.

Portrait d’une époque ou dystopie?

Il semble qu’Harmony Korine mèle les deux genre et qu’ils se confondent…rien de bien novateur : la jeunesse, la violence, le sexe, l’avidité de richesse, la drogue et l’alcool aussi bien sûr. Pourtant le film garde un aspect irréel : rien de naturaliste dans tout ça, d’ailleurs on est toujours tenu à une distance suffisante pour éviter toute compassion envers n’importe quel personnage (même Faith qui apparaît définitivement le personnage le plus humain du film demeure encore trop lisse pour cela) dont on est simplement invité à contempler le décours.

Ainsi on se demande où l’on veut nous mener : l’histoire dont on échoue à trouver de la profondeur semble être un prétexte pour produire un film à l’esthétique délirante d’autant plus qu’on sent que le jeune réalisateur s’amuse follement. Mais on aurait souhaité qu’il eu davantage de probité au coeur même de son délire afin que l’on puisse nous aussi s’amuser réellement et pas entrevoir une esquisse de plaisir au travers de cet univers coloré et décadent dont il ne reste finalement qu’un avant-goût de ce quelque chose de singulier qui s’y trouve contenu. Cet avant goût est hélas fade et ne procure finalement qu’un sentiment d’inachèvement tant le film amuse et surprend un peu mais ne touche cependant jamais car ici, même si elle est revendiquée dans le fond, dans la forme c’est bien aussi la superficialité qui domine et s'avère insuffisamment mise en abyme pour la mettre en perspective. Dommage.

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