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Quand on voit ce film de nos jours, après le 11 septembre et après les mensonges justifiant l'intervention en Irak, on se dit que Verhoeven a très bien cerné l'idéologie américaine.

L'histoire n'a quasiment aucune importance ici. D'ailleurs, elle prend moins de place que l'adresse sur une enveloppe. Les humains font la guerre à des insectes géants. C'est tout ? Oui, mais ce n'est que le prétexte.
Décrivons d'abord le monde où ça se déroule. L'humanité vit dans une sorte de "militarocratie". En gros, l'armée tient tous les rênes du pouvoirs. La population est divisée en deux groupes, et seuls les vrais citoyens ont des droits : droit de vote, droit d'avoir des enfants, etc. Et pour être citoyen, il faut quoi ? Il faut être ou avoir été militaire.
La démocratie ? Une erreur du passé, une fausse piste qui a vite été éliminée.
La violence, c'est le droit. Elle est la seule solution aux problèmes. Elle tient lieu de justice.
On retrouve là un des thèmes majeurs de l’œuvre du cinéaste. Chez Verhoeven, tout le monde est violent. La violence est innée chez l'homme, elle est enfouie en chacun de nous et n'attend que l'occasion propice pour se déchaîner. Un criminel, c'est celui qui donne libre cours à sa violence sans cadre légal. Les militaires ou les policiers le font avec la permission du gouvernement. C'est la seule différence, selon le réalisateur.

Une fois le décor planté, passons au plus important : cette guerre. Cette guerre qui est un véritable massacre. Mal préparés, dirigés par des incompétents ou des va-t-en-guerre, envoyés sans connaissance du terrain et de leurs ennemis, les soldats se font joyeusement massacrer.
Comme dans Robocop, les scènes sont entrecoupées par des "journaux télévisés". C'est ma partie préféré du film, et c'est là qu'on voit le projet du cinéaste. Ces "informations" constituent un véritable exercice de propagande. Avec intelligence, Verhoeven décrypte tout le mécanisme de l'endoctrinement dont les soldats et les populations sont victimes.
Mais il va plus loin encore. Quand on observe plus précisément cette guerre, on se rend compte qu'elle est constituée de plusieurs éléments facilement reconnaissables : une scène rappelle les guerres indiennes ("Un bon insecte est un insecte mort" dit un bon citoyen), une autre Fort Alamo, les journalistes embarqués font penser à CNN en Irak en 1991, l'utilisation du napalm ramène inévitablement le souvenir du Viet-Nam, etc. Cette guerre est un patchwork. Elle représente tous les conflits engagés par les Etats-Unis. La mère de toutes les guerres.
Le cinéaste hollandais en arrive alors à son propos : une attaque virulente contre la politique étrangère des USA, contre l'impérialisme brutal et violent d'un pays qui se croit le gendarme du monde et qui veut imposer sa volonté à coups de bataillons, de chars, de drones et d'explosifs.
Est-ce un effet de mon imagination, ou l'uniforme du colonel ressemble énormément à l'uniforme SS ? Ce ne serait pas surprenant de la part d'un cinéaste qui ne fait pas dans la dentelle et qui aime choquer.

Il y a aussi un aspect parodique évident dans le film. En particulier une parodie des films gore : beaucoup de sang, des acteurs aux expressions exagérées, peu de réalisme, on sent que Verhoeven se moque. Mais le gore n'est pas sa seule victime : western, film de guerre, le cinéaste s'amuse.

Le rythme est le problème majeur du film. Starship Troopers est lent à démarrer et un peu répétitif. Mais le reste est très bon.
Car, avec tout ça, Verhoeven se permet de faire un bon film d'action, avec des scènes impressionnantes, des voyages spatiaux, des trucages, des monstres bien gluants, et tout ce qu'il faut pour faire un bon divertissement. Faire une critique, c'est bien ; la dissimuler sous l'aspect d'un bon film d'action, c'est encore mieux.
Je me pose juste quelques questions au sujet de l'interprétation. Casper Van Dien et Denise Richards : deux "acteurs" à la belle gueule mais totalement inexpressif. Est-ce volontaire ? Je n'en serais pas surpris. Eux aussi représentent, de façon tellement évidente qu'elle en devient parodique, l'idéal de la beauté telle que la décrit la propagande américaine. Des muscles, la mâchoire volontaire, du courage et de l'esprit d'initiative pour lui ; un joli sourire, des gros seins et une certaine intelligence pour elle.
[Petite digression : pourquoi donner des rôles d'intellos à Denise Richards ? Dans un des James Bond, elle est spécialiste de physique nucléaire ; ici, elle est pilote de vaisseau et extrêmement forte en maths. Mais quand on regarde ses yeux, on n'y croit pas une seule seconde ! Alors, pourquoi ?]

En bref, un film au départ un peu lent mais, au bout de 45 minutes environ, un divertissement qui masque mal une attaque brutale contre les USA.
Et la présence de Michael Ironside qui, à lui seul, mérite de voir le film (comme chaque fois qu'il apparaît dans une œuvre).
SanFelice
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes The naked truth et Michael Ironside : mon anthologie

il y a 9 ans

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50 commentaires

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