Un plongeon dans la fin chaotique du règne des Habsbourg

A la veille de la première guerre mondiale, une jeune hongroise spoliée de ses biens, devient une métaphore vivante de l'insurrection qui souleva la Hongrie annexée par l'Autriche en 1867.
On suit Iris dans sa recherche de la vérité sur le vol de l'établissement prospère de ses parents (une chapellerie de luxe).
Avançant comme une automate dans une réalité parfois brouillée par d'étranges visions (on imagine qu'elle fut le témoin (âgée de 2 ans) de l'assassinat de ses parents insurgés), elle semble trouver un peu d'humanité auprès du nouveau directeur de la chapellerie, ce dernier pourtant entièrement dévoué à l'archiduc Ferdinand héritier du trône d'Autriche et à sa femme (tous deux seront assassinés en 1914 par un nationaliste Serbe, assassinat qui provoqua la première guerre mondiale) .
Malgré cet accueil, elle part à la recherche de son frère au passé trouble et considéré comme un meurtrier et le trouve à la tête d'une harde d'insurgés assassinant des aristocrates pervertis. Traumatisée par cette violence, et complètement hagarde devant les propos de ce frère qu'elle considère être en proie à des hallucinations, elle le tue en tentant de s'échapper à son emprise.
Elle hérite alors rapidement des mêmes hallucinations que son frère et ses frontières entre la réalité et les rumeurs deviennent floues. Elle se persuade que les jeunes ouvrières de la chapellerie sont vendues par le directeur pour être torturées par l'empereur et ses proches collaborateurs. Ces jeunes filles deviennent des métaphores de la Hongrie annexée, et les cicatrices de leurs visages tailladés sont probablement les stigmates des blessures endurées par ce pays.
Portant désormais les habits de son frère, Iris en devient l'incarnation et incarne par là même les idées révolutionnaires et toute la vengeance de son pays. Elle mène son armée à une bataille sanglante décimant aristocrates et bourgeois et notamment ceux qui lui ont volé ses biens, et on peut imaginer que ces morts sont eux aussi une métaphore, celle de la fin de l'empire Austro-Hongrois.
Magnifique reconstitution historique, les ambiances sont extrêmement précises et détaillées et nous plongent réellement dans cette époque au bord de la tourmente. Un beau film qui donne envie de s'intéresser à l'histoire de la Hongrie.

annaakhma
8
Écrit par

Créée

le 8 avr. 2019

Critique lue 503 fois

annaakhma

Écrit par

Critique lue 503 fois

D'autres avis sur Sunset

Sunset

Sunset

8

Cinématogrill

365 critiques

Derniers feux d’un âge d’or

Foudroyé sur place par Le fils de Saul, Grand prix du jury à Cannes puis Golden Globe et Oscar du meilleur film étranger, j’attendais Sunset avec un intérêt non feint même si je pensais naïvement que...

le 19 mars 2019

Sunset

Sunset

4

Moodeye

34 critiques

KISASSZONY...


Cette critique et plein d'autres sont disponibles sur
https://www.epistemofilms.fr/ avec des photographies. Cette proposition est susceptible de heurter la sensibilité des spectateurs n'ayant pas...

le 25 mars 2019

Sunset

Sunset

8

Toshiro

85 critiques

De l’amère moire du monde et d’une femme dans sa tourmente

Le fond et la forme, le scénario et l’esthétique, l’intelligible et les sensations. Plus d’un siècle d’histoire du cinéma et on en est toujours là, tenu par ce dualisme typiquement occidental...

le 15 mars 2020

Du même critique

Une famille

Une famille

10

annaakhma

49 critiques

Merci Christine

Ce film est un coup de poing (mais point c'est bien aussi), une claque, un électrochoc, pour dire « On arrête ça ! ».Ce film met enfin des mots sur ce que l'on a préféré définir comme...

le 23 mars 2024

Et Dieu... créa la femme

Et Dieu... créa la femme

4

annaakhma

49 critiques

Et dieu créa le macho

A son époque Brigitte Bardot n'est pas tant un modèle de liberté et d'émancipation de la femme qu'un phénomène d'inter-action avec son environnement, elle réagit avec un instinct animal, sans...

le 13 déc. 2022

Pauvres Créatures

Pauvres Créatures

1

annaakhma

49 critiques

Effrayant et niais

En réalité, on sort de ce film très mal à l’aise.De clichés en clichés, les arguments pseudo féministes sont si grossiers qu'on comprend vite la véritable intention de ce film masculiniste.On est...

le 1 févr. 2024