A la recherche de la foi

Avis sur Sur le chemin de la rédemption

Avatar Nicolas_Mudry
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A24 a l'habitude de nous sortir de belles surprises chaque année. Si Hot Summer Nights a eu du mal à trouver sa critique outre-Atlantique, First Reformed a reçu une acclamation générale, permettant à Ethan Hawke de croire à son premier Oscar. Au-delà de la performance de l'acteur principal, grimé en un révérend quasi-dépressif à la suite de la mort de son fils face auquel son mariage n'a pas survécu malgré une ex-femme trop présente à ses yeux, Paul Schrader (scénariste de Taxi Driver et Raging Bull) nous gratifie d'un message puissant en concordance avec son temps tout en évitant l'écueil du manichéisme.

L'on retrouve donc ce révérend Toller au moment où il commence à rencontrer une crise de la foi. Il écrit alors un journal qu'il tient à jour régulièrement. Tout son cheminement de remise en question est bouleversé par un couple de paroissiens, Mary et Michael, un activiste environnemental très radical qui possède même un gilet explosif. Michael finit par se suicider, ce qui accélère la remise en question du révérend Toller. Schrader questionne la position de l'Eglise dans les grands enjeux contemporains et force est de constater qu'il dresse une conclusion triste, celle d'une Eglise dépassée qui a fini par se taire devant la progression du capitalisme. Elle préfère ne rien dire face au changement climatique alors que l'église présentée dans l'histoire, appelée First Reformed, préfère le silence lorsqu'elle se sait financer par des multinationales peu respectueuses de l'environnement. Peut-on blâmer l'Eglise alors ? Oui mais il faut quand même reconnaître qu'à une époque où la religion recule, elle doit se trouver des moyens de financement pour subsister qui vont parfois contre la morale et l'éthique qu'elle prône. La religion devient alors un business, l'église du révérend Toller devient plus visitée par des touristes que par ses propres paroissiens assistant peu nombreux à ses sermons rarement passionnants et qui témoignent d'une Eglise en perte de vitesse, à bout de souffle. C'est aussi cela qui amène le révérend à se poser les bonnes questions, à se demander si l'Eglise en laquelle il croit n'est pas en train de passer à côté d'une transformation radicale et nécessaire. "Dieu nous pardonnera-t-il ?": de quoi ? Tout au long du film, la réponse n'est pas à chercher dans la première question, celle que le révérend pose en écho à Michael, mais dans la deuxième. Le problème réside dans ce mutisme, dans ce désespoir qui peut conduire le croyant au suicide, pourtant condamner par la religion. Le suicide devient le seul moyen de se révolter contre une autorité qui n'a plus de légitimité et qui a vendu son âme au capitalisme. Petit à petit, Toller devient de plus en plus marginalisé, seul, noyé dans un alcool qui le tient en vie alors qu'il ne trouve plus de raison de vivre. Il devient également de plus en plus anarchique, refusant les ordres de sa hiérarchie.

Dans cette petite ville, dans cette vie qu'il n'aime plus, son seul espoir et la seule personne à laquelle il s'ouvre est Mary, dans laquelle Amanda Seyfried trouve de loin son meilleur rôle. Toller semble apprécier cette fragilité dans la récente veuve qu'il aide à se remettre du suicide brutal de son mari. Il se lie de plus en plus à elle en même temps qu'il tend de plus en plus vers sa fin. Mais dans un monde où l'amour se cherche, où il se trouve difficilement et où l'individualisme règne, les protagonistes du film sont sauvés par ce même amour que l'on pensait perdu pour Toller. Schrader donne une certaine leçon à cette jeunesse qui se laisserait tenter au désespoir pour les amener vers un optimisme empli d'amour car c'est lui le maître conducteur de nos vies et qui permet de maintenir notre coeur en état de marche tout en trouvant à notre corps une raison de vivre. Plutôt que la haine entre les religions, Schrader peint une fresque paisible dans un univers troublé.

Le réalisateur autant de le scénariste parvient à maintenir un lugubre paysage et une étrange atmosphère dans les presque deux heures que contient le film. A travers une multitude de plans fixes magnifiques où il préfère parfois centrer son cadre sur autre chose que ses personnages (seulement quatre ou cinq mouvements de caméras), il montre le quotidien monotone des croyants, le révérend en premier, luttant pour garder la foi dans des rites sans saveur alors que le 250ème anniversaire de First Reformed sonne comme une exception dans ce paysage sinistre même s'il offre surtout la possibilité aux riches de se montrer comme le rappelle Toller. Dans tout cela, Schrader dirige d'une main de maître son oeuvre, subtil tout autant qu'Hawke qui profite du derniers tiers du film pour monter en intensité, offrant peut-être également sa meilleure partition. A défaut d'une sortie au cinéma en France, First Reformed restera sans doute comme l'une des pépites de la fin du printemps américain.

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