Hell Driver.

Avis sur Taxi Driver

Avatar Errol 'Gardner
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Un vétéran du Vietnam choisit le métier de conducteur de taxi. Magnifique errance dans les rues de New York en taxi jaune, accompagnée par le saxophone langoureux de Bernard Hermann, Travis (De Niro) voit passer toute une "racaille" de gens, de la chiure, une véritable engeance, dans sa poubelle de taxi : politicien en campagne, mari cocu (Scorsese lui-même), belle jeune femme. Et surtout, il découvre le "dehors" : ces rues de de la ville, souillées, malsaines, merdiques, imprégnées de toutes les dégueulasseries possibles : chienlit de prostitution, dealers, meurtriers à la petite semaine, truands de tout poil funky. "Il faudrait nettoyer les rues de la ville de toute cette merde" (ou quelque chose comme ça) dixit Travis à un de ses clients, en assumant complètement son discours punk - sarkozyste.
Est-ce sa vie (merdique et pleine d’ennui) que Travis voit défiler devant son pare-brise ? Est-ce simplement la désillusion du retour à la vie civile que Scorsese filme ? Toujours est-il que Travis s’emmerde sévèrement. En dehors de son boulot qui constitue tout simplement sa vie, il écrit un peu à sa famille, va voir des films érotiques dans des cinémas X, ou discute avec ses collègues de la compagnie de Taxi. Mais sa « condition humaine » de taxi driver inculte ne lui convient guère dans cette ville à la fois ravagée et corrosive… il est rongé tout doucement par les frustrations, la haine du monde extérieur, qu’il ne voit jamais réellement, car uniquement du point de vue de son pare-brise, magnifique métaphore cinématographique (on ne fait qu’effleurer des images qui défilent devant nous, confortablement installés dans un fauteuil, de la même manière que Travis voit défiler des éléments de vies, des histoires, de la violence devant son pare-brise…). Alors il essaie de s’extirper de son ennui, de changer le cours de sa vie qui n’est plus que son métier (et inversement) ; et comment tromper cet ennui destructeur ? Tuer un politicien ? Sortir avec une femme ? Se raser la tête et s’faire une crête… sans plus de conviction dans ses démarches, les frustrations liées à ces évènements mêlés à sa haine vont monter intensément pour laisser finalement exploser ses pulsions de tueur.
La puissance cathartique du film était souhaitée par Scorsese, il voulait que le spectateur réclame « du sang » !...

Scorsese réalisait un véritable coup de maître avec ce film âpre, dur, d’une noirceur rarement atteinte jusqu’alors. L’ingéniosité, la modernité de ses plans lui conférèrent d’emblée un statut proche des expérimentations hitchcockiennes dans la lignée de la « corde » (1948), c’est-à-dire oser, expérimenter un ou des plan(s) de caméra qui n’avait pas encore été fait (mouvement panoramique balayant l’espace de gauche à droite montrant le héros en train de téléphoner en « champ », puis le héros passe en hors-champ, alors que la conversation téléphonique continue ; les travellings épousent complètement le mouvement du taxi, son avancée, jusqu’à former une symbiose parfaite : le point de vue proposé est alors celui du client, de Travis, et du taxi lui-même finalement) ; et ce film, c’est aussi l’une des plus grandes prestations de De Niro, qui a inspiré plusieurs générations d’acteurs qui se réclamaient de « l’Actor’s Studio », tel Vincent Cassel disant qu’un rôle doit forcément « passer par la viande » selon ses dires, ou un Daniel Day-Lewis, fidèle de la méthode de Lee Strasberg, qui disait avoir été bluffé par la prestation de De Niro et avoir réellement cru qu’il était conducteur de taxi.

Palme d’or à Cannes en 1976, le jury a cru bon de se justifier en précisant qu’il récompensait l’œuvre cinématographique et ne faisait n’encourageait en aucunement l’ultra-violence présente dans le film.

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