La sorcière au bois soporifique où l'errance d'un lièvre dans l’œil du bouc

The Witch débarque sur nos écrans avec une réputation flatteuse. Le film était disponible en streaming depuis un moment, les avis étaient élogieux et l'attente devenait de plus en plus grande. Malheureusement, je ne partage pas l'engouement susciter par cette oeuvre manquant d'émotions et de frissons.


Nous sommes en 1630 dans la Nouvelle-Angleterre, où va avoir lieu la première chasse aux sorcières, du moins en apparence. L'histoire se concentre sur une famille d'anglais mise au ban par le village. Ils vont se retrouver isolé aux abords d'une forêt où sévit une sorcière. La disparition du bébé en présence de l’aînée Thomasin (Anya Taylor Joy), va jeter le doute sur elle. Une atmosphère paranoïaque va naître au sein du foyer et détruire inexorablement leur foi.


Le film se base sur une histoire vraie pour conter les origines du mythe des sorcières de Salem. Une intention louable de revenir aux origines de la terreur, trouvant ses racines dans la peur de forces occultes investissant le corps des femmes. La sorcière est une femme seule, vivant en marge de la société et selon ses rites. Une incompréhension dans ce nouveau monde où la famille est le socle de la communauté religieuse. Mais en vivant dans la solitude, elle sombre dans la folie et s'en prend à ceux qui ose s'approcher de sa demeure. Elle devient une sorte de croquemitaine pouvant s'immiscer aussi bien dans le corps d'une femme, que d'un animal. L'imaginaire collectif nourrit cette légende en sombrant dans l'hystérie, poussée par une foi inébranlable mais dangereuse. C'est dans ce climat que va se dérouler les événements.


"Nous sommes tous né du péché", le père (Ralph Ineson) répète en permanence cette affirmation au point que le fils (Harvey Scrimshaw) va grandir avec le sentiment d'être habité par le mal. C'est dans l'incompréhension de ses pensées, qu'il va nourrir son esprit d'enfant entrain de se construire. La vue du décolleté de sa sœur, le met mal à l'aise et c'est en cédant à ses pulsions qu'il va sombrer dans une forme de démence. Dans une Amérique puritaine, le moindre émoi est vu comme une anomalie. Dès la naissance, ils sont élevés dans la foi avec aucune possibilité d'avoir d'autres explications au sujet de leurs pensées érotiques, où autres. Tout ce qui n'est pas considéré comme "normal", ne peut que signifier la présence du mal. Une réflexion simpliste menant à des réactions excessives. On le voit à travers le comportement de la mère (Kate Dickie) sombrant dans l'hystérie face à sa fille tenue responsable du malheur s'abattant sur sa famille. Elle est rongée par la peur et ne peut faire preuve de raisonnement devant les agissements de ses enfants. Seul la foi guide leurs actes et le fait d'être mis à l'écart par le village, ne les aide pas dans leur vie. La faim n'arrange pas la situation et le père se voit reprocher son incapacité à subvenir aux besoins de sa famille. Le mensonge ne va pas les aider à surmonter les divers épreuves.


La découverte de cette terre nourri la terreur sommeillant dans chacun des hommes débarquant dans ce pays où tout est à construire. L'horreur se trouve surtout dans leurs esprits, mais ne va pas s'immiscer dans celui du spectateur. On va rester sur le côté, avec surtout l'impression d'assister à un drame familial au sein d'une famille de consanguins. Le réalisateur Robert Eggers (dont c'est le premier film) tente de nous amener doucement au cœur de la peur de ses personnages. L'intention est intéressante, mais dénuée d'émotion. C'est l'ennui qui prédomine, voir l'agacement face à la redondance des crises d'hystérie de la mère. On retrouve cette répétition dans les propos du père sonnant comme un disque rayé. On comprend qu'ils sont incapables d'avoir un autre discours, tant ils sont endoctrinés dans une foi démontrant ses limites dès que la situation sort de l'ordinaire. Mais ni le drame, ni même l'épouvante ne procure de frissons. Cela tourne en rond et ne propose qu'une lecture auteuriste de l'horreur. Cette variation sur le thème de la peur aurait pu être passionnante, mais va se révéler vaine. La tension ne monte jamais et l'atmosphère est loin d'être angoissante. Le final ne va pas arranger son cas en nous laissant dubitatif face à cette oeuvre acclamée.


C'est un film d'antan, mais sans le charme des œuvres désuètes dont elle tente de s'inspirer. On ne sera jamais pris au dépourvu et le temps va sembler de plus en plus long. Anya Taylor Joy va se révéler intéressante, en évitant d'en faire trop, au contraire de ses partenaires. Au final, The Witch est loin d'être une oeuvre majeure dans le genre.

easy2fly
3
Écrit par

Créée

le 24 juin 2016

Critique lue 1.6K fois

Laurent Doe

Écrit par

Critique lue 1.6K fois

14

D'autres avis sur The Witch

The Witch

The Witch

7

Velvetman

le 7 juin 2016

Suivre

Le petit chaperon rouge

The Witch est déconcertant. En 1630, une famille bannie de son village va vivre à l’écart de la société et prospérer proche de la forêt. Pour se sentir en osmose totale avec les cieux et loin de la...

The Witch

The Witch

7

Sergent_Pepper

le 4 juil. 2016

Suivre

La lisière sans retour

Dans la production pléthorique de films d’horreur et d’épouvante, on nous en sort au moins par an qui pourrait franchir le cercle des amateurs et accéder à la dignité d’un véritable film. L’année...

The Witch

The Witch

8

SanFelice

le 15 déc. 2016

Suivre

Devil inside

D'abord, The Witch est un film d'horreur. Certes, il est complètement à part dans la production actuelle du genre. Pas de jump scare, pas d'apparitions fugitives mais tellement attendues dans un...

Du même critique

It Follows

It Follows

4

easy2fly

le 4 févr. 2015

Suivre

Dans l'ombre de John

Ce film me laissait de marbre, puis les récompenses se sont mises à lui tomber dessus, les critiques étaient élogieuses et le genre épouvante, a fini par me convaincre de le placer au sommet des...

Baby Driver

Baby Driver

5

easy2fly

le 20 juil. 2017

Suivre

La playlist estivale d'Edgar Wright à consommer avec modération

Depuis la décevante conclusion de la trilogie Cornetto avec Dernier Pub avant la fin du monde, le réalisateur Edgar Wright a fait connaissance avec la machine à broyer hollywoodienne, en quittant...

Babysitting

Babysitting

8

easy2fly

le 16 avr. 2014

Suivre

Triple F : Fun, Frais & Fou.

Enfin! Oui, enfin une comédie française drôle et mieux, il n'y a ni Kev Adams, ni Franck Dubosc, ni Max Boublil, ni Dany Boon et autres pseudos comiques qui tuent le cinéma français, car oui il y a...