La misère matérielle et psychologique, l'amour

Avis sur Tokyo Godfathers

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Tokyo Godfathers raconte l'aventure de trois sans-abris amochés par la vie qui trouvent un bébé dans des détritus, et qui cherchent à retrouver ses parents. L'un est un alcoolique brut de décoffrage à affectivité enfouie, l'un est un homosexuel travesti en femme qui rêve d'avoir un enfant, l'une est un bout de femme qui a fugué de chez ses parents. La relation entre les trois personnages, réunis par leurs problèmes affectifs et leur entraide nécessaire à leur survie, contraste avec le monde sinistre qui les entoure.

Toute une partie de la population vit dans la misère, matérielle comme psychologique, et les héros ne s'étonnent pas ni se révoltent d'avoir affaire à des drogués, des mafieux, des prostituées, des voyous violents, ils se soumettent à cette réalité, ils sont lucides et cyniques au sujet de leur malheur et ne demandent de comptes à personne. C'est la découverte du bébé abandonné qui les révolte, c'est le manque d'amour !

Le dessin animé dénonce une société utopiste, individualiste, où on pousse à la consommation, d'où les innombrables publicités insupportables sur les gratte-ciel des avenues de Tokyo, qui montrent des gens heureux quand les miséreux fourmillent sous ces immeubles. On remarque l'importance de la couleur de Tokyo Godfathers, dominé par le gris et le noir, sauf dans quelques cas comme celui de ces publicités aux couleurs vives, ou dans la célébration de Noël des sans-abris au début de l'histoire, ou dans l'intérieur du bidonville, bref, dans tout ce qui offre une perspective de bonheur aux personnages.

L'intrigue n'est pas sans rappeler Humiliés et offensés, l'ouvrage de Dostoïevski qui est lui-même cité avant la découverte du bébé. Plusieurs éléments, comme le conflit entre le père et la fille, le riche bandit puissant et sans scrupules, le clochard secouru et décédant sous les yeux d'un des héros, la petite fille recueillie, l'amour non-partagé d'un des personnage pour l'autre, sont similaires à ceux du livre. Il n'est pas anodin non plus que le scénariste ait établi un parallèle entre la vie des miséreux de la Russie du XIXème siècle et celle de ceux du Japon de l'heure actuelle. Si nous sommes aisément choqués des problèmes sociaux d'autrefois, la misère est toujours là, nous dit-il. De même, les deux histoires en viennent à la même résolution : c'est l'amour, et l'entraide par l'amour, qui sont la plus grande force, quand bien même le système continue d'être injuste, et qu'il n'y a pas d'espoir à ce sujet.

Et d'ailleurs, dans la fin de l'histoire, où on propose aux sans-abris de devenir les parrains du bébé, le sens du mot "parrain" n'a pas le même sens qu'il avait au début, quand ils ont affaire à des mafieux. Les vrais parrains, les plus forts, ce sont eux, par leur amour du prochain.

Oui, la couleur est sombre sauf quand quelques éléments offrent des perspectives de bonheur, mais finalement, ce qui contraste le plus avec la misère dépeinte, qui donne le plus de chaleur, c'est l'affectivité des personnages.

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