La vie à mort

Avis sur Tu mourras à 20 ans

Avatar Anne Schneider
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... Ou quand la perspective de mourir empêche de vivre...

Alors qu’elle tient son nourrisson dans ses bras lors d’une cérémonie, l’évanouissement d’un derviche annonce à Sakina (Islam Mubarak) que son fils mourra à vingt ans... Toute l’existence de Muzamil (Moatasem Rashid puis Mustafa Shehata) se trouve dès lors conditionnée par cette perspective qui barre son horizon, à ses yeux comme à ceux de tous. Pour ses petits camarades de jeu, il est « l’enfant de la mort », et sa mère porte, d’emblée, le deuil de son fils, qu’une tombe attend déjà...

Dans ce premier long-métrage de fiction, Amjad Abu Alala, réalisateur soudanais habitué du documentaire, frotte les opposés l’un contre l’autre et en fait jaillir des étincelles : vie-mort, blancheur-noirceur, pureté-péché, eau-terre, solitude-lien, réflexion-endoctrinement, culture-religion, liberté-soumission... Dans une isochromie de terre et de feu servie par les images, aussi sublimes que subtiles, de Sébastien Goepfert, il montre la difficulté d’être homme. Quelle voie choisir ? S’emmurer vivant dans l’ombre d’une mosquée éclatante de blancheur, comme les religieux qui consacrent leur vie à l’apprentissage du Coran ? Fuir au loin ses responsabilités de père, pour ne pas assister impuissant à la disparition du fils ? Mener une vie libre, mais nécessairement risquée, dans cette société qui ne tolère pas l’exercice d’une liberté inconditionnelle ?

Après la scène d’ouverture, très forte, le film peine passagèrement à trouver son rythme, notamment sur les années d’enfance, mais il se relance au contact d’un personnage essentiel, Souleiman, journaliste et photographe affranchi, superbement campé par Mahmoud Elsaraj. C’est à travers lui, grâce à sa présence calme et questionnante, que Muzamil pourra établir avec lui-même le dialogue qui lui permettra d’interroger ses choix, et aussi de s’initier à ce qu’il ne connaît pas encore. Par lui aussi que sera abordée la question du sacrifice, comme s’il était envisageable, en ces terres de foi et de superstition, où la poussière tournoie comme de l’or, qu’une vie en sauve une autre, en prenant sa place dans la tombe...

La musique, magnifique, d’Amine Bouhafa, à la fois intense et sobre, survole parfois ces drames humains, pendant que le Nil, imperturbable, porteur de vie, de mort, de derviches, d’amour ou de désespoir, poursuit son cours...

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