[Qualité française]

Avis sur Un grand patron

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Voilà un très bon film français, comme je les aime, c’est-à-dire :

Truculent et gaillard – Avec ce jeune chirurgien qui se sert dans les décolletés de ses infirmières comme dans un bol à friandises. Dans un film français de la grande époque, ça tâte du mamelon sans prévenir, comme ça, comme pour dire bonjour. Le maître en la matière restant tout de même Noël Roquevert et ses attaques furtives dans « Antoine et Antoinette »… Et ces fêtes d’internes façon orgies romaines où les femmes défilent seins nus sur les tables. Quand on a trop goûté des pudibonderies américaines de la même époque, une bonne bouffée de gauloiseries, ça fait du bien. Après-guerre, français et américains ne vivaient vraiment pas sur la même planète.

Anarchiste et cruel – Jusqu’au-boutiste dans sa description de l’arrivisme et de l’inhumanité des élites parisiennes, « Un grand patron » l’est entièrement, et tout en naturel, sans posture ni moraline. Les saloperies trônent là sans conscience d’elles-mêmes, magnifiquement portées par un Pierre Fresnay au sommet de sa classe. Les dialogues sont déclamées à toute vitesse façon « qualité française » et égrainent leur lot de vacheries : « Ah, les femmes, elles ne voient pas plus loin que leurs glandes », [dressant un plan de table] « Ah, l’illustre cousin ! Où vais-je le mettre ? En pénitence, à côté de monseigneur Lemière, ça lui apprendra à être franc-maçon ».

Cynique et désabusé – Jouant avec les codes enjôleurs et réconfortants du mélo, « Un grand patron » expose cliniquement l’aliénation volontaire des carriéristes parisiens et la libre servitude de leurs compagnes, sans jamais nous rattraper par la main pour nous consoler.

Attention, je surnote.

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