Un nuage entre les dents

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Une dinguerie. Premier film d'un ancien assistant-réalisateur, monté par son pote Pierre Richard qui imposa le film à Yves Robert, Un nuage entre les dents est une perle noire comme le cinéma français en a produit par dizaine dans les années 70 avant de perdre pour longtemps la formule. Philippe Noiret débite la définition des nuages en intro, un chantier subit un effondrement, les deux gus foutent leur merde sur les lieux au nom du journalisme. Même pas dix minutes de film et l'on est déjà le nez dedans, obligé de se coltiner deux personnages agressifs, Noiret et son cigare au coin du bec, Richard qui cherche la bonne photo la bave au lèvre. On reprendra nos esprits en chemin car il y en encore beaucoup à voir. Douche écossaise à tous les étages, on passe du chaud au froid avec une fulgurance et une férocité presque italienne. Richard perd ses mômes, les deux vont les rechercher en raclant les recoins de Paris pendant que leur supérieur Piéplu fantasme la Une du journal façon petit Gregory avant l'heure. Le bordel du Jean-Luc Godard de Week-end ou Tout va bien mixé à l'ironie de Jean Yanne, le film n'arrête jamais, joue au serpent pour consentement surprendre. Les deux stars sont dans leurs chaussons, cloutées de préférence car à l'opposé de leur image de l'époque : Philippe Noiret n'est plus Alexandre mais un pépère qui fait une pause pâté de campagne quand deux gosses sont en danger et Pierre Richard opère un retournement à 180°, il est ici gueulard, lâche et passablement alcoolique. Voir le Grand Blond se finir une bouteille et dégueuler en pleine rue vaut son pesant de M&M's. Des gags glaçants et des glauqueries à se pisser dessus (clin d'œil amoureux au grandiose Bobby Pilon) sont au menu, trop nombreux pour les détailler, trop perchés pour les gâcher. Un nuage entre les dents est de ces météorites de la comédie 70 française, précieux car rares et méchants. Un cousin de Ce cher Victor (Robin Davis), Une journée bien remplie (Jean-Louis Trintignant), Calmos (Bertrand Blier) ou le plus célèbre La Grande Bouffe (Marco Ferreri). On en sort essoufflé mais hilare. Thumb up.

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