Une belle adaptation fidèle et généreuse

Avis sur Un sac de billes

Avatar Joël Pince
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Avec Christian Duguay, on sait désormais que l'on va assister à un spectacle bien ficelé, comme une bonne copie d'élève. On sait aussi qu'on n'ira pas découvrir le film culte de la nouvelle vague cinématographique du XXIème siècle. Mais une oeuvre honnête, très sérieusement étudiée.
Un sac de billes n'échappe pas à la règle. Sous mes doigts, ces mots ne sont pas une critique négative. Le scénario, s'il s'éloigne parfois du livre, reste très fidèle à l'esprit de la source. S'il s'en éloigne parfois, c'est toujours pour souligner une émotion, une information que Duguay tient à communiquer au public.
Ainsi en est-il

du fils du libraire, milicien ayant bien appris sa leçon de collaborateur pétainiste

. De même pour la fille du libraire, pour laquelle Duguay a visiblement tenu à étoffer la personnalité, alors qu'elle reste une ombre dans le livre. Le seul personnage pour lequel je ne comprends pas la nécessité ressentie par Duguay de "le sauver",

c'est le médecin à l'hôtel de Nice

. Dans le film, nous avons comme une sorte de pardon énoncé pour cet homme, alors que la question de son action vis à vis des enfants reste en suspens dans le livre. Elle l'est aussi dans le film :

pourquoi nous a-t-il sauvés, nous ?

Mais là où le livre n'apporte aucune réponse, Duguay s'est senti obligé de tenter une réponse et cela crée un malaise pour l'ancien lecteur que je suis.
Par ailleurs, Duguay cherche à retranscrire une époque avec soin ; l'école, les enfants, la ligne de démarcation, la grande masse des français qui cherchent tant bien que mal à survivre, ceux, nombreux, qui aident selon leurs moyens, et même en se faisant payer (le passeur est-il condamnable de se faire rétribuer ?), la place de l'Eglise durant l'occupation (qui ne se résume pas au procès ridicule qui est fait à Pie XII), les collaborateurs... Joffo, dans son livre, insiste beaucoup sur le rôle du clergé ; son action pour sauver des juifs est maintes fois évoquée par les historiens. Nous sommes loin du parti-pris du film de Costa-Gavras. Le sujet est autrement plus complexe que tout blanc ou tout noir... Il y a de la pédagogie dans l'air et les dossiers distribués à la sortie des cinémas à l'intention des profs de collège ne laisse pas de place au doute : le film est de salubrité publique.
Les acteurs sont formidables : les enfants d'abord, d'une justesse extrême. Patrick Bruel, particulièrement juste ; il joue, mais on sent qu'il y met un peu plus, un peu de ses tripes à certains moments, quand il étouffe sa douleur. Il est très juste. Je mettrais un bémol pour Elsa Zylberstein, qui me semble parfois desservie par des plans trop serrés en plongée.
Je regrette un peu le côté lacrymal de certaines scènes qui auraient pu mériter plus de retenue, surtout

après le douloureux moment du coup de fil où les garçons apprennent l'arrestation du père

. Le personnage de Joseph le dit lui même : ses yeux restent secs désormais. Et il a grandi, il le montre à divers moments du film (les non dits sont nombreux, les suggestions visuelles sont très bien vues et allègent ce qui aurait pu être dit)...

j'ai donc du mal à comprendre le mélo du retour à Paris : Joseph sait bien que le père ne reviendra pas.

Dans l'ensemble, un bon film.

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