La technique au service de l'image

Avis sur Une femme est une femme

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Je ne sais pas si c'est une comédie ou une tragédie mais en tout cas c'est un chef-d'oeuvre.

Affirmé par Brialy dans ce film cette phrase est bien représentative du sentiment que l'on peut avoir après son visionnage.
Avec "Une femme est une femme" Jean-Luc Godard signe son 3ème film et pas des moindres, toute la fine fleur de la nouvelle vague française s'y retrouve : Avec Jean-Paul Belmondo, Anna Karina et Jean-Claude Brialy, fabuleux trio de ce film ainsi qu'avec des apparitions de Jeanne Moreau ou Marie Dubois. Enfin, ce film est magnifié par les musiques de Charles Aznavour et de Michel Legrand, l'inséparable compagnon de Demy (notons également la présence de Raoul Coutard a la photographie, chef opérateur adulé de la nouvelle vague)
L'intérêt de ce film repose certes sur son scénario si original et plein d'innocence (on y reviendra) mais aussi et surtout sur la façon si particulière et artistiques que Godard a à diriger son film.
Pour les amateurs des films de Godard on remarquera dès le début la déstructuration complète du montage. Tant sur l'image, les plans peuvent paraitre saccadés par moment mais également emprunts d'une grande liberté créatrice, que sur le son, Godard utilise la musique comme il utilise l'image c'est a dire pour raconter et souligner l'histoire. Cette utilisation du son pourra en décontenancer plus d'un tant que les écarts aux normes académiques dont il fait preuve seront vus comme des erreurs et non comme une volonté artistiques propre a Godard (et a la nouvelle vague en général). Par exemple le son peut paraitre par moment trop fort par rapport aux dialogues que nous avons du mal a entendre. Ce sont typiquement, dans ce film, des scènes que Godard a voulu noyer dans un flot de son afin que le spectateur se concentre plus sur l'ambiance qu'il a voulu donner plutôt qu'aux dialogues qui ont peu d'importances a ce moment donné.
L'utilisation de la lumière maintenant, doit être vu de la même façon que ce qui précède. Celle ci souligne l'action et ne se contente pas d'éclairer simplement la scène. Ainsi, Godard utilise des éclairages de couleurs voir même des éclairages qui change tout le temps de couleurs (on retrouve cette utilisation de l'éclairage dans nombres de ses films) et ceci encore une fois dans la volonté de créer une atmosphère permettant de nous faire ressentir des émotions autant par le dialogue et l'action que par l'image elle même.
En plus de cela une voie off nous surprend de temps en temps a s'ajouter a tous ces moyens techniques afin d'appuyer encore d'avantage sur l'importance ou la futilité d'une scène.
Tout ceci aurais évidemment pu créer une surcharge évidente du film tant chaque aspect technique semble prendre une part très importante a celui ci... On peut ainsi en arriver a parler de chef-d'oeuvre et de génie car ce film nous donne en faite une impression de légèreté et de liberté infini. Godard y réussi a utiliser tous les moyens a sa disposition a leurs maximum et a les assembler en une harmonie quasi-parfaite !

Enfin, je dois tout de même dire un petit mot sur le scénario lui même : Angela (Anna Karina), strip-teaseuse dans un petit bar se prend l'envie soudaine d'avoir un enfant immédiatement. Emile, son compagnon (Brialy), n'est pas si pressé mais Angela est une femme butée et menace Emile de faire un enfant avec Alfred (Belmondo), grand ami d'Emile ainsi que fervent amoureux d'Angela. Angela se retrouve ainsi tiraillé entre Emile, son grand amour et Alfred de plus en plus pressant et avec qui elle pourrai avoir rapidement un enfant.
Le tout n'est pas traité à la façon d'un drame comme on pourrait s'attendre mais d'une manière remplie d'innocence enfantine a l'image d'Angela. Ainsi, les disputes se font par titre de livre interposé, chaque action est vu comme un jeu et chaque erreur est pardonnable.

Bref, ce film, hommage évident a la femme, a sa beauté et a sa complexité mais aussi film typique de la nouvelle vague par sa recherche de liberté et de renouveau artistique se doit d'être vu et revu par tout amateur de ce style mais aussi par tout curieux voulant apprécier par eux même ce que j'ai longuement décris ici.
Un fabuleux moment de cinéma dans tout les cas !

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