Une histoire qui aurait pu être explosive mais qui s’inflige elle-même ses propres défauts.

Avis sur Veronica

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Sur fond de plans rétro et de sonorités vintage, Verónica est un film d’horreur parfaitement maîtrisé sur la forme mais simplement acceptable sur le fond. En effet, malgré une imagerie qui tient complètement la route et un environnement absolument convaincant visuellement, je reste sur ma faim concernant le personnage principal de l’histoire et sur les scènes horrifiques que possède le long-métrage. Les premières minutes m’ont indéniablement interpellé et m’ont semblé pleines de promesse. Néanmoins, j’ai rapidement déchanté en constatant que l’intrigue prenait une direction loin d’être inédite et en découvrant, malheureusement, que Veronica était une héroïne ultra énervante et égoïste au possible.

Commençons par le commencement étant donné que le point le plus négatif concerne l’élément fondamental du film : Veronica elle-même. J’ai espéré, jusqu’à la moitié du film, que sa personnalité change et s’améliore. Vraiment. J’y ai cru de toutes mes forces tant il me semblait grotesque et inimaginable qu’elle demeure ainsi. Mais non, rien. Veronica est une adolescente qui élève ses frères et sœurs seule, leur mère étant préoccupée par le travail. Alors, certes, je veux bien qu’elle soit frustrée, fâchée ou perturbée mais, de là à être si rigide avec des enfants et si égocentrée, je crois que c’est au-dessus de mes forces. Dès lors, toutes les scènes où elle semble se ressaisir, compatir ou être affolée paraissent fades ou surjouées, ne collant pas au personnage et à ses instincts. J’ai eu beaucoup de mal, lors de mon visionnage, à vraiment me sentir proche d’elle ou de ses émotions. Veronica est une héroïne difficile, froide et presque bipolaire qui m’a laissé de marbre et m’a plus fait lever les yeux au ciel qu’autre chose. Regrettable.

Second bémol (d’importance moindre à côté de la jeune femme) : la façon dont l’horreur et le suspense sont saccadés au sein de l’intrigue. En effet, j’ai ressenti comme des espèces de vagues de frissons et d’angoisse plutôt qu’un sentiment de peur qui va crescendo. Les scènes supposées être terrifiantes ne s’enchaînent absolument pas, ce qui conduit à un effet assez étrange de pics et de rechutes plutôt nuisibles et complètement désavantageux pour le film et son climat. De plus, les instants horrifiques manquent de longueur et d’intensité, ce ne sont que quelques étincelles au milieu de braises qui s’éteignent rapidement. Ces sursauts sont trop peu nombreux et convaincants, surtout après avoir vu la bande-annonce, pour finalement permettre au rythme du fil conducteur de nous emballer complètement.

A l’inverse, certains éléments qui composent Verónica nous aident à nous laisser happer par le récit et à, malgré tout, lui trouver des qualités certaines. Tout d’abord, j’ai absolument adoré la famille de Veronica et la façon dont ses frères et sœurs se soutenaient, s’entraidaient et tentaient de maintenir l’équilibre dans leur logement malgré le chaos qui s’y installe. Les enfants sont véritablement ultra touchants. Il en va de même concernant leur relation avec leur mère qui est ici exploitée avec énormément de délicatesse et de silences. Même si cet aspect de l’intrigue est tapi dans le fond de la scène, on sent bien que c’est une fibre assez importante aux yeux du réalisateur, comme en témoignent les ultimes minutes du film. De plus, l’imagerie de ce long-métrage est incroyable, j’avais l’impression d’être plongé au cœur de ce Madrid des années 90 à cent pour cent. Les costumes, les décors, les sons, les couleurs : tout est absolument mis en place pour nous éblouir et nous permettre de voyager dans le temps. J’ai été conquis par ces ambiances vintage et criardes. Une esthétique qui aurait pu être un atout certain si l’aspect inquiétant de l’histoire avait été exploité au maximum et poussé à son paroxysme.

S’il y a bien un point que j’ai particulièrement aimé, c’est ce jeu malsain et omniprésent dont use le réalisateur concernant la limite hyper poreuse entre fiction et réalité. Très vite, le réel et l’imaginaire s’entrechoquent et s’entrecroisent pour rendre ce récit palpitant et déroutant. On ne sait plus sur quel pied danser ni quel narrateur croire. On se met à douter de la santé mentale de Veronica tout en sachant pertinemment que quelque chose de profondément étrange et mauvais se trame. J’ai adoré ce côté complètement incommodant et désemparant. On se sent mal à l’aise car l’équilibre entre fiction et réalité semble constamment sur le point d’être brisé et, pourtant, on en redemande sans cesse. Verónica marque véritablement un point là-dessus étant donné que je suis un grand fan des histoires où le vrai et le faux sont indissociables. Rien de tel que de se perdre dans une intrigue pour mieux la savourer et en être fasciné.

Verónica est finalement un film d’horreur qui avait d’excellentes bases et un potentiel énorme mais qui, fâcheusement, s’emmêle les pinceaux en mettant en avant une héroïne accablante et en n’offrant trop peu de scènes convaincantes. Si les plans du long-métrage possèdent une qualité frappante et que les relations familiales s’avèrent être un avantage incontestable, le manque de continuité d’effroi vient perturber cette dynamique. Une histoire qui aurait pu être explosive et saisissante mais qui, au fond, s’inflige elle-même ses propres défauts.

https://motsdejo.wordpress.com/2018/04/11/veronica-paco-plaza/

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