Sexe faible ?

Avis sur Volver

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Deux ans après La Mauvaise éducation, film sans femmes, Pedro Almodovar revient, c'est le cas de le dire, avec Volver long-métrage en compétition à Cannes et, à l'image de Tout sur ma mère ou Femmes au bord de la crise de nerfs, presque exclusivement consacré à ce qu'il parait ici absurde d'appeler le "sexe faible".
Sous un vent de folie dans un cimetière de la Mancha, Raimunda ( Penélope Cruz parfaite) et sa soeur Augustina ( Blanca Portillo) s'affairent à nettoyer la tombe de leurs parents, disparus il y a 14 ans dans un terrible incendie. Excepté le mari de Raimunda, lubrique et désoeuvré, et les quelques techniciens affamés d'une équipe de tournage, l'entourage de Raimunda n'est constitué que de femmes. Il y a les voisines, toujours prêtes à donner un coup de main, la bonne copine prostituée, les vieilles tantes chapardeuses, les clientes du salon de coiffure de la soeur et surtout la fille, Paula, jeune ado qui observe les yeux grands ouverts ce que c'est qu'être femme.

Il est surtout question de force : force physique, qui leur permet de trimbaler des congélateurs et de préparer des repas gargantuesques, force mentale, qui, en dépit des douleurs, les font rester dignes et radieuses.

Un soir, lors d'une fête dans le restaurant qu'elle a repris, Raimunda entend quelques accords de guitare qui lui rappelle une chanson apprise avec sa mère quand elle était petite fille. Elle fredonne d'abord doucement les paroles, puis hésite, et annonce à ses amies qu'elle va chanter. Elle traverse le restaurant et demande aux deux guitaristes de jouer pour elle. Elle s'assoit puis se relève, on demande le silence dans l'assemblée, et elle commence à chanter, sa mère cachée dans la voiture de l'autre côté de la rue fond en larmes. Cette mise en scène volontairement lourde prend à contre-pied le ton mélodramatique du film (on aurait pu imaginer que si Raimunda avait chanté spontanément le tango, l'émotion aurait sans doute été plus intense), mais confirme une tendance du cinéma d' Almodovar. Sacrifiant un temps l'émotion au profit du réalisme, Almodovar se fait le champion du dosage subtil entre le naturel et l'extravagant, entre la réalité et la fiction, entre le quotidien banal et gris et le carton-pâte kitsch et resplendissant de couleur.

Autour des femmes de Volver : la mort. Celle mentale qui sépare, celle visuelle qui allonge. Cette mort, Almodovar la désamorce, il rassemble et fait revenir la mère, il relève et la confronte à sa fille Raimunda. Il n'est pas question ici de ressusciter ce qui est perdu, mais de revenir sur l'enfouit. Si ce mouvement évoque la psychanalyse, les femmes de Volver qui n'ont pas eu à "tuer la mère" la font au contraire revivre (la scène où Augustina arrange sa coiffure en est une belle représentation visuelle). A l'image de Freud qui écrivait : "Après trente ans passés à étudier la psychologie féminine, je n'ai toujours pas trouvé de réponse à la grande question : Que veulent-elles au juste ?", Almodovar peine cependant à décrire le fond de leurs actes.

Le film se termine au bord d'une rivière asséchée mais pas sans retour, lieu qui pour Raimunda est chargé de souvenir. Elle y a définitivement enterré ses douleurs passées et peut serrer sa fille dans ses bras. On prend alors une nouvelle fois conscience de la force dérangeante du cinéma d' Almodovar qui, en noyant le crime dans une espèce de poésie amorale, nous faire croire, sinon à l'innocence, à l'impunité, et exploite notre regard partisan de spectateurs pour gracier les criminels. Système malsain ou peinture inspirée du chaos de notre société ? Tout dépend de la posture adoptée par nous ; du crédit accordé au cinéaste.

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