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X-Men : Le Commencement par Vy Ty

Avatar Vy Ty
Critique publiée par le (modifiée le )

    Au cinéma, la saga X-men a toujours placé la barre assez haut. Bien que pendant longtemps, les films de super-héos aient peiné à convaincre la critique presse. Aujourd’hui la trilogie Batman réalisée par Christopher Nolan fait l’unanimité et devient partout à la mode. Mais si un tel succès émerge auprès de tous les publics, c’est bien grâce à la saga X-Men ! Commencé en l’an 2000, elle a ouvert de nouvelles perspectives aux adaptations de comics et leur a offert une crédibilité certaine. Pour être tout à fait honnête, ce sont particulièrement les deux premiers volets qui ont su s’attirer toutes les sympathies. Qu’ont-ils en commun ? Un réalisateur : Bryan Singer ! Si le dernier épisode de la trilogie, X-Men L’affrontement final, n’a pas reçu les mêmes louanges que ces prédécesseurs, ce n’est pas forcément à cause de la réalisation de Brett Ratner, dont la filmographie laisse parfois à désirer. Brian Singer, lui aussi, subissait un bel échec avec son adaptation Superman Returns, un raté bien plus significatif que celui du troisième X-Men. D’ailleurs en réalité, malgré les nombreuses critiques négatives, le dernier épisode la saga était une relative réussi. Le véritablement changement en 2005, c’est Chrisopher Nolan qui sort son Batman Begins. Des bons films de Super-héros, on commençait à s’y habituer ! On en attendait donc plus ! Et avec X-Men : Le commencement, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on est servi ! Pourtant, on avait quelques raisons de s’inquiéter à propos de cette préquelle : En 2009 la sortie du film sur les origines du personnage de Wolverine avait déçu beaucoup de monde. Cet échec (particulièrement aux yeux de la critique et des fans) a pourtant servi son successeur. En effet deux films étaient initialement prévus, l’un sur les premiers élèves du professeur X et l’autre sur les origines de Magnéto. Ces deux projets ont finalement fusionné pour n’en faire plus qu’un, d’où la richesse et la densité narrative qui inspira ce dernier volet ! Cette histoire est d’ailleurs le fruit de plusieurs années de réflexions. Brian Singer, d’abord pressenti à la réalisation, avoue avoir pensé aux origines des mutants dès le premier épisode de la saga. Or si le film est finalement dirigé par Matthew Vaugn, c’est bien Brian Singer qui en est producteur et scénariste. Du côté des acteurs, le casting n’est pas moins prometteur avec à l’affiche deux étoiles montantes : Michael Fassbender et James McAvoy ! Les deux acteurs, qui ont fait leurs premières armes ensemble, dans la série Band of Brothers, n’ont depuis cessé de confirmer leur talent au grand écran. L’écossais avait déjà goûté aux supers-pouvoirs dans Wanted, mais c’est surtout Le dernier roi d’écosse qui révélera aux yeux du monde ses impressionnants talents d’acteurs ! Fassbender, l’irlandais, lui se fit principalement remarquer par la critique pour ses rôles dans Fish Tank, mais surtout avant cela dans un film salué par la critique : Hunger ! L’univers des comics ne lui est pourtant pas non plus étranger grâce à son second rôle dans le désormais mythique, 300 (A l’origine un comics de Franck Miller, publié par Dark Horse Comics, mais si souvenez-vous, même auteur, même éditeur que Sin City). Mais si cette préquelle était tant attendue, c’est aussi parce qu’elle est dans une moindre mesure l’équivalent de la seconde trilogie Star Wars. La fin était déjà connu de nous tous, le héros, Anakin Skywalker, deviendra finalement le méchant culte Dark Vador. Ici, c’est la transition d’Erik Lehnsher en Magnéto qui nous intéresse. Mais il n’y a ici pas que la simple naissance d’un « vilain », il y aussi la tragique fin d’une amitié avec le futur professeur X (similaire à celle d’Obi Wan et d’Anakin, par certains côtés). Par la suite, la relation entre les deux hommes conservera toujours une certaine ambiguïté qui donne à la série, toute sa profondeur, et toutes ses nuances. Et bien entendu, c’est à l’émergence de ce gris morale, à cet instant où le blanc et le noir d’abord bien séparés finissent par se fondre, auquel nous voulons assister pour mieux le comprendre. Tant d’attentes mettaient donc la barre très haute et nous aurions donc pu être facilement déçus, frustrés. Mais, non ! Ce film est à classé dans le top du top des films de super-héros. Et en voici, quelques raisons !

Pourquoi il faut ABSOLUMENT voir ce film

Parce que Michael Fassbender et James McAvoy sont parfaits dans leurs rôles et se complètent ! Le futur Magneto, de loin le personnage le plus charismatique et intéressant du film, est parfait dans son rôle. Michael Fassbender insuffle au personnage toute la rage et la détermination de ce « héros » au background tragique. Parfait à chaque instant, il pourrait porter le film à lui seul, grâce à la densité dramatique dont il a su imprégner chacune de ses apparitions. Son passé trouble suffit à le rendre sympathique, ou du moins à rendre ses actes moralement explicables. On lui excuse tout et on en soutiendrait presque ses méthodes. Il incarne la méthode forte (pousser les gens pour les rendre plus fort) et l’intégrité absolu qui consiste à s’assumer sans aucune concession ! Si le principe, qui le mène, « la fin justifie les moyens » est contestable, il apparaît pourtant comme le personnage le plus lucide et clairvoyant du film ! L’acteur sait retranscrire à la perfection le traumatisme d’Erik, qui n’a jamais connu que la douleur et la colère,  tatouées en lui comme son numéro de détenu dans le camps nazi. De l’autre coté, James McAvoy a beau sembler moins impressionnant, il n’en est pas moins essentiel. Au-delà de son utilité scénaristique, ce personnage sympathique ajoute au film une touche de légèreté qui échappe au personnage de Magneto. Le professeur Xavier est l’atout pop ! L’accent anglais de son interprète, l’humour, la jeunesse et la désinvolture du personnage suffisent pour que l’ambiance ne soit jamais trop lourde. Permettant ainsi de traiter un sujet tragique et « extraordinaire », sans oublier pourtant les traits de l’humanité dans des circonstances ordinaires. 

Parce qu’il refuse tout manichéisme ! Les choix de Magneto, le futur ennemi juré de Xavier, sont expliqués de bout en bout. Sa méfiance envers les humains n’est pas le fruit d’une paranoïa mais un apprentissage douloureux des ineffables atrocités dont l’homme est capable. Du point de vue des idées peu de choses opposent finalement Magneto de son ancien bourreau, seuls les circonstances les auront finalement opposés. Une amitié réelle se noue pourtant entre Erik et Xavier dont les idées par contre diffèrent totalement, et l’on ressent particulièrement la complicité entre les deux acteurs ! Le futur Professeur X n’est pas non plus présenté seulement sous l’aspect humaniste et paternel que nous lui connaissons habituellement. Son humanisme, son paternalisme, son ouverture d’esprit sont certes mis en avant dans le film. Mais on y voit aussi un jeune homme égocentrique, plein de bonnes intentions mais qu’une vie facile a rendu parfois frivole. Il est joyeux et aime s’amuser, c’est un beau-parleur qui aime boire et  séduire les femmes. Si le personnage est malgré tout sympathique, il n’y a pas de raisons particulières de compatir à son sort, contrairement à celui de son futur ennemi juré. D’une manière plus général, on voit comme les alliances se font et se défont, comme les amis d’hier s’opposent aujourd’hui. Les jeunes mutants ont tous un parcours difficile, formé par un quotidien où ils doivent contrôler et cacher leurs pouvoirs. Les humains ne sont pas simplement les victimes des méchants mutants, ils sont aussi les futurs bourreaux envahis par la peur de l’inconnu. Erik voit le mal, les failles à l’intérieur de chacun et Xavier les forces et le bien intérieur. Le même pouvoir de télépathe peut-être utilisé pour le bien comme pour le mal, par Charles comme par Emma Frost. Toute la philosophie de Magneto est d’ailleurs justifiée par le professeur Xavier, c’est lui qui dans sa thèse explique que la mutation d’une espèce provoque un conflit entre les mutés et les autres. Que les deux espèces dans l’histoire se sont toujours opposés jusqu’à ce que l’une s’éteigne finalement. Le film met donc en avant des frontières brouillées. Les séparations entre les personnages, entre les morales, entre les espèces, entre les pays, ne sont jamais clairement définies et sont toutes susceptibles de changer.

Parce que le film respire la psychologie de ces personnages ! Ce refus de manichéisme permet de mettre en avant des psychologies fouillées et travaillées. En dehors de celle de Magneto, c’est le quotidien de la nouvelle génération de mutants adolescents qu’on nous présente. La peur du regard des autres, le sentiment de différence, la difficulté de se contrôler ! Le personnage de Mystic prend notamment une profondeur psychologique qu’on ne lui connaissait pas dans les autres films. C’est peut-être le personnage le plus emblématique de la complexité des relations entre tous ces héros. Sa relation avec Xavier est complexe et oscille entre celui d’une fille, d’une soeur, d’une amoureuse ! Celle qui deviendra l’un des ennemis jurés du Professeur X nous est ici montré comme l’une des personnages qui fut dans sa jeunesse le plus proche de lui. Sa relation avec le futur « Fauve » montre aussi un attachement aux X-Men qui fascine lorsque l’on connait l’avenir du personnage. 

Parce que tout dans le film s’incorpore à un cadre supérieur de celui des destins individuels ! Les problématiques individuelles deviennent des problèmes de sociétés : le traitement des minorités, le rapport de la différence à la norme, les dérives politiques possibles engendrées par la crainte, l’utilisation par les états d’armes aussi puissantes, que celles nucléaire. Dans cet épisode, la vie des mutants finit par se lier inextricablement à l’état d’une société, à un gouvernement auquel ils doivent s’allier ou s’opposer. L’intégration du scénario dans un contexte historique particulier concrétise cette implication essentielle. Le climat de la guerre froide met en avant un monde de tension, prêt à exploser à chaque instant. Ce passage de la petite histoire à la grande histoire donne son caractère épique à ce scénario et lui permet d’exprimer toute son envergure. Les problématiques posées dépassent le cadre des destins, et mettent en avant une Histoire qui, à tout moment, peut basculer à cause des passions humaines de quelques dirigeants. Ce climat historique permet de mettre en avant deux analyses pragmatiques et politiques dans ce genre de situation, qui opposent Magneto et le Professeur X.  Si pour le premier ce conflit mondial illustre la peur systématique de l’autre, de l’inconnu, par les masses, pour le second l’arrivé d’un ennemi commun devient une nouvelle occasion de former de nouvelles unions et d’intégrer des minorités. Tout comme la participation des afro-américains à la seconde guerre mondiale a été un levier puissant pour abolir le ségrégationnisme, la guerre froide est présentée ici comme une occasion de faire ressentir le besoin et l’aide que peuvent apporter les mutants, pour les intégrer dans la société.

Pourquoi ce film peut décevoir (parce qu’il faut bien pinailler):

Parce que l’absence de manichéisme rend les gentils un peu trop fade ! Dominé par la performance de Michael Fassbender, le film a tendance à sous-estimer le potentiel des vrais gentils de l’histoire ! Ceux-là sont pourtant les vrai héros, que nous suivrons et admirerons au-delà de cette préquelle. A la vue de ce film, il est presque tentant de prendre le parti de Magneto. Pessimiste, impitoyable et surtout ennemi de l’espèce humaine, on serait pourtant prêt à le rejoindre, lui et ses troupes (si nous n’étions pas bien entendu dépourvus de super-pouvoir et donc les futures victimes désignées). Le professeur Xavier et les X-Men vont pourtant devenir les vrais héros et surmontés les désillusions et les doutes qui naissent de cette intrigue. Si on comprends les raisons de Magneto et de ceux qui le suivront par la suite, on aurait aimé mieux comprendre les raisons qui poussent Charles à croire farouchement à la possible cohabitation entre humains et mutants, et ce qui poussent ses élèves à le suivre farouchement.

Parce que des personnages qui semblent intéressants sont finalement peu traités ! C’est malheureusement le défaut obligé de tous les films de groupes de super-héros. Leur nombre empêche forcément de les traiter tous d’une manière approfondie. Si beaucoup de personnages deviennent bien plus consistants grâce à cette épisode, le background de certains n’est même pas suggéré. Le méchant du film, assez bien joué par Kevin Bacon, n’est pas sans attrait et doit probablement avoir de par la nature même de son pouvoir un passé très intéressant. Mais on ne sait rien de lui ! Les autres mutants qui l’entourent, nous sont tout aussi inconnus et on ignore tous de leur background et des motivations qui les ont poussé à rejoindre ce groupe. Parmi les gentils, Havok, censé être le frère de Scott, un des héros principaux des autres épisodes, débarque d’une prison, une situation de départ qui suggère à elle-seule toute une histoire dont on aurait aimé avoir ne serait-ce qu’un très court résumé! Quant au papillon, au hurleur ou au mutant qui s’adapte à son environnement, on ne sait quasiment rien d’eux, des héros et pourtant des personnages secondaires qu’on aura très vite oublié ! Dommage !

Parce qu’enfin les incohérences avec la saga en font plus un reboot qu’une préquelle ! (Attention cette partie contient de légers spoilers) Relativement mineures, dans le sens où elles ne contreviennent pas tant  à l’esprit des autres films, elles n’en restent pas moins techniquement incompatibles avec la première trilogie X-men (sans même parler de Wolverine : Origine). Emma Frost, déjà adulte dans les années 60 ! Le soit-disant frère de Scoot ayant la vingtaine dans les années 60, il aurait plus l’âge d’être son père ! Pareil pour la présence de Moira ! Dans le prologue du troisième opus, le professeur Xavier n’était pas encore paraplégique alors qu’il le devient dès la fin du film ! D’ailleurs celui-ci et Magneto sont censés s’être rencontré à 17 ans d’après le premier épisode, ce qui n’est pas le cas ic ! Ils sont censés avoir créer tous les deux Cérébro, qui est ici une invention de Hank. Enfin le caméo de Wolverine rentre en contradiction avec le fait qu’il n’est pas censé avoir déjà rencontré les deux ennemis jurés !

Conclusion :

X-Men : Le commencement est sans l’ombre d’un doute l’un des meilleurs films du genre à l’heure actuel. Centré sur un groupe de super-héros et non sur un unique protagoniste, il aurait facilement pu céder à la facilité de traiter ses personnages de manière superficielle. Bien que l’on eût aimé que certains personnages soient plus développés, on ne peut en aucun cas reprocher au film de n’avoir su développer ses personnages principaux, ceux qui resteront finalement essentiels tout au long de la saga. Cet épisode nous livre des personnages charismatiques, particulièrement Erik Lehnsher interprété par Michael Fassbender,  parfait dans son rôle. On découvre chez nos héros une profondeur et une complexité psychologique inattendues. La sobriété de la réalisation refuse la surenchère et réussit malgré cela à nous livrer des scènes d’actions impressionnantes et épiques. Au-delà des psychologies individuellse, le réalisateur nous livre ici de vraies réflexions sur la société, le monde, la politique et tout simplement notre rapport à l’autre. Pour cela, il inscrit le scénario dans l’un des évènements majeurs du XXe siècle, la crise de cuba, où les tensions de la guerre froide se font ressentir plus que jamais. Dépassant donc le problème des minorités, c’est une véritable réflexion sur les mouvements de masses qu’il nous propose. A moins d’être totalement allergique aux films de super-héros ( Et encore !), on ne peut que se laisser emporter par cette immense et magnifique fresque. On espère que cet épisode ne sera pas qu’une préquelle, mais un véritable Reboot qui fondera une nouvelle saga cinématographique à sa hauteur !

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