Choc et effroi - Et c'est reparti comme en 40

Avis sur Battlefield V sur PC

Avatar Monsieur_Couyu
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Version PC

Depuis mes débuts, très jeune, sur le PC familial en compagnie d'un Wolfenstein 3D piraté puis d'un Quake, on ne va pas se mentir, pas franchement adapté à un marmot qui vient à peine de souffler ses sept printemps, j'entretiens un amour inconditionnel pour le shooter à la première personne.
Effleurant pendant ces vingt-trois dernières années la plupart des représentants du genre de quelques clics de souris et même parfois, j'en fais ici l’aveu, de quelques matraquages frénétiques de gâchettes, il m'est difficile de mettre des mots sur ce qui me motive inlassablement à verser une obole aux développeurs. Pas particulièrement versé dans le gunporn, parce qu'amusé quand on me reprend "Mais tu ne te rends pas compte, une MG42 c'est une batteuse de 12 kg, tu ne peux pas espérer la manier comme un Nerf", il me fallait donc chercher ailleurs...
Écumer ma ludothèque met en évidence quelques composantes clés : l'ambiance, le flow, un goût particulièrement prononcé pour l'arcade et un soupçon d'expériences sociales.
Il se trouve que Battlefield V me propose une bonne tranche des quatre.

Je ne feindrai pas la surprise devant toi, ami lecteur : j'avais déjà beaucoup apprécié son prédécesseur. Véritable première expérience personnelle du côté Battlefield, n'ayant pas plus accroché que ça à des expériences tardives sur les troisième et quatrième opus canoniques. BFV ne réinvente pas la poudre et conserve de fait un patrimoine génétique sensiblement identique à celui de BF1. Il est toujours question de grandes cartes pour 64 joueurs prêts à en découdre, répartis en deux équipes divisées elle-mêmes en escouades de troufions aux rôles supposés complémentaires. Parmi une pléthore de modes surnagent encore et toujours les règles de type "capture de points", seules options tirant parti des ambitions stratégiques de la série.

Rien de bien neuf sous le soleil du Nord Pas-de-Calais et donc rien que ne justifie une telle note, me feraient remarquer les plus chagrins d'entre vous : et ils auraient grossièrement et fondamentalement raison. Outre un changement de contexte qui évacue les charges suicidaires à la baïonnette au profit d'une large distribution d'armes automatiques, BFV se vit aujourd'hui comme un aboutissement, un perfectionnement d'une formule déjà bigrement efficace et éprouvée sur les récents Battlefront et Battlefield.

Passons rapidement sur son rôle de vitrine technologique censée faire baver ceux qui peuvent dépenser un bon millier d'euros pour une technologie balbutiante (qui ne vous permettra de toute façon pas de faire tourner le jeu au-delà du 1080p @60 fps) et dressons un rapide bilan technique et artistique des méthodes de rendu plus traditionnelles : ça bute. Plus encore que BF1, BFV est un petit bijou d'immersion. On savait le Frostbite Engine extrêmement capable, mais rien ne me préparait à cette brûlure au troisième degré de mes globes oculaires au gaz moutarde. Les petits artisans de Dice on plus que jamais mis les petit plats dans les grands pour proposer une expérience particulièrement déroutante. Tout est franchement au diapason : qu'il s'agisse de la patte artistique mise en valeur par des reconstitutions aussi bariolées qu'impressionnantes, de la gestion des lumières impeccable, du moteur de destruction ou du soin apporté aux effets visuels des nuages de fumée rapidement extraits d'une grenade. Le jeu ne faute absolument pas sur sa partie sonore, toujours aussi impressionnante, composante indispensable d'un travail immersif d'orfèvre. Les dix premières heures de jeu sont véritablement tétanisantes. Il suffit de se faire projeter par l'explosion terrifiante d'un missile V1 qui nous crame les sourcils, de recevoir des mottes de terre dans la figure par un tir de mortier définitivement trop proche ou de se faire cueillir par une rafale dans le buffet pour réaliser que Dice toise toujours sa concurrence avec un aplomb surnaturel.
Tout n'est pas exempt de reproche pour autant, en témoignent ces petits ratés côté moteur physique ou les rares problèmes de définition de hitboxes de certains obstacles, mais force est de constater que techniquement, le bilan déjà excellent du précédent opus a été consolidé.

Ces ballets monstrueux d'effusions pyrotechniques, de corps qui volent ou s'effondrent sont une ode à la fureur, la folie barbare. Le joueur terrifié est livré en pâture à un dieu guerrier sanguinaire, dont la soif de sang ne saurait être étanchée, pas même par des hectolitres de sang virtuel. Si l'objectif de Dice est de transmettre à sa vision absurde et nihiliste de la guerre, si tant est qu'elle soit retranscriptible, force est de constater que leur proposition semble tout à fait pertinente cinématographiquement, tant sur le fond que la forme. Côté gameplay, l'abaissement drastique du sacro-saint Time To Kill complète parfaitement le tableau, mettant d'autant plus en exergue la fragilité des avatars. Loin de favoriser l'archétype du joueur "chaotic stupid" si cher à nos amis rôlistes, se faire refroidir une une seconde et demi a tendance à refréner les impulsifs qui sautaient d'un point à l'autre en slalomant en pleine ligne de vue des tireurs les moins habiles.
Les premières heures sont cuisantes, et une demi dizaine d'heures n'est pas trop pour s'acclimater à un rythme atypique, toujours très segmenté entre approches prudentes, sédentarisations temporaires à grand renfort de constructions et "rush zerglings". Il faudra donc ré-apprendre la prudence, les placements et les règles élémentaires d'engagement car rarement auparavant les intels, le dialogue, la prudence et la coopération n'auront été aussi bien récompensés. Et accessoirement apprendre à lire les cartes, dont le level design est un quasi sans faute. Dommage que l'excellence comme Rotterdam, côtoie une carte aussi merdique que la très récente Panzerstorm, heureusement unique tueuse de fun.

Largement plus équilibré, le système de classes a bénéficié d'un léger équilibrage plutôt convaincant. Désormais si tout soldat est capable revive un blessé de son escouade, il s'exposera néanmoins bien plus qu'un médic qui, en plus de prendre trois fois moins de temps pour requinquer le malheureux pourra en outre relever n'importe quel joueur de son camp. Fini les caisses de soin magiques qui soignent automatiquement et fini la campe infernale et absurde qui en découlait : on récupère désormais des kits de soin auprès du médic ou de caisses d'approvisionnement soumises à un cooldown. Le support, au-delà de son rôle de réapprovisionnement bénéficiera d'une vitesse de construction accrue et de la possibilité de retaper un véhicule salement touché. Enfin, l'éclaireur est désormais le seul capable de ping l'ennemi sur la carte. Loin de détruire le teamplay contrairement à ce que je peux lire ici et là, je trouve que ces ajustements confèrent plus de versatilité au joueur, et par conséquent une grande variété en terme de decision making. Une grande variété qui renforce nécessairement le dialogue au sein de l'escouade, car oui, BFV est plus que jamais un FPS où l'on tente de maîtriser le chaos à l'échelle d'un petit groupe. Une unité indépendante parmi les 8 autres qui défendent une même couleur. Ce qui me conduit nécessairement à mettre en garde les joueurs de nature plus solitaire : ce BFV pourra générer beaucoup de frustration. Tous ne sont pas enclin à la communication verbale et le manque d'organisation générale, ce malgré les outils complémentaires mis à disposition par les développeurs. C'est dans ces situations frustrantes que le sel a tendance à se cristalliser : difficile de garder son calme quand les écarts de tickets se creusent inexorablement, malgré toute la meilleure volonté du monde.

Quand tous les astres sont alignés, BFV est un excellent FPS. Un FPS avec un gunplay agréable et une balistique à mettre dans le haut du panier et des accumulations de tension à vous en faire péter la souris la plus robuste entre vos petits doigts boudinés. Un FPS qui sait distribuer des moments de grâce et des séquences épiques qui resteront gravé dans la mémoire de celui qui les vit. Prendre à revers une escouade solidement ancrée sur un point stratégique à la faveur d'une tempête de sable, ramper sous les tirs d'obus pour aller dynamiter un tank imprudent au beau milieu d'un champ de colza ou être victime d'une chasse à l'homme dans un brouillard givrant épais sont autant de momenta que je conserverai durablement en mémoire, sans même évoquer la peur panique qui m'étreint à l'écoute du bruit caractéristique des pales d'un missiles V1 qui s'arrêtent, une poignée de seconde avant l'apocalypse.

On peut reprocher beaucoup de chose à ce Battlefield, un pilotage de chie, des approximations historiques, un conflit à la parité fantasmée, un contenu plus chiche et peut-être une petite dose d'opportunisme mais je n'en ai cure : je tiens là mon FPS multijoueur de 2018 et à mes yeux le meilleur simulateur de bidasse puisqu'il offre une ambiance dantesque, des moments d'abandon et de palpitation, ce qu'il faut de nervosité et une expérience coopérative de très grande qualité.
La messe est dite.

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